L’observance des antibiotiques en médecine des Rongeurs de compagnie.

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Par Olivier Pouyol, vétérinaire praticien en médecine des NAC

 

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Respecter la posologie, l’administration, la fréquence et la durée d’un traitement est le principe même de l’observance. Cette notion est très importante afin d’assurer les meilleures conditions de guérison. En s’écartant des consignes de l’ordonnance prescrite par le vétérinaire, de nombreux risques sont pris au détriment de l’animal. Les conséquences de ces écarts de conduite sont d’ailleurs à l’origine de nombreuses craintes infondées sur l’utilisation raisonnée des antibiotiques.

 

Que respecter ?

L’antibiotique

Il s’agit d’une source fréquente d’erreur thérapeutique de la part du propriétaire. En effet, il n’est pas rare de constater l’administration d’un antibiotique déjà présent à la maison sans avis vétérinaire préalable :

– Le propriétaire administre un antibiotique prescrit auparavant à une autre espèce de la maison (Chien, Chat ou autre Rongeur). Il faut savoir que de nombreux antibiotiques salvateurs chez certains animaux sont toxiques voire mortels pour d’autres (pénicillines, gentamycine et clindamycine chez les Herbivores par exemple).

– Le propriétaire administre un antibiotique que l’animal a déjà reçu auparavant. C’est oublier que certains antibiotiques sont efficaces à traiter certaines zones et pas d’autres. Les infections respiratoires ne sont pas forcément gérées avec les mêmes molécules que les infections urinaires. De même, lorsque l’animal présente la même pathologie à plusieurs semaines ou mois d’intervalle (éternuements pas exemple), il est là aussi tentant pour le propriétaire de réutiliser le même médicament. Cependant, une telle rechute peut parfois être signe d’inefficacité du premier antibiotique et le traitement a besoin d’être réadapté. Enfin, un traitement déjà utilisé peut se montrer contre-indiqué chez le même individu en cas de changement interne (période de gestation ou déshydratation par exemple).

A chaque épisode pathologique, il est donc important de consulter un vétérinaire. Ce dernier va pouvoir affiner le protocole thérapeutique en fonction de l’évolution des symptômes et du statut physiopathologique de l’animal. En cas de maladie chronique (atteinte respiratoire de rats par exemple), une démarche raisonnée sera établie par le praticien. Il aura recours à des traitements complémentaires non antibiotiques permettant de contrôler les symptômes. Il pourra également mettre en place un calendrier de suivi tout en restant disponible par mail ou téléphone afin d’adapter la prise en charge.

La posologie

La posologie, ou dose, est indiquée clairement sur l’ordonnance.

– Lorsque le médicament est sous forme buvable, le volume à administrer est exprimé en millilitre (mL). Cette quantité est mesurée sur une seringue que le vétérinaire aura pris soin de délivrer. Pour les espèces de très petite taille, il n’est pas rare de devoir donner une goutte (environ 0.04mL) à mélanger à une faible quantité de friandise.

– Lorsque le médicament est sous forme solide, une partie (½ ou ¼) ou l’intégralité du comprimé doit être écrasé et mélangé à quelques gouttes d’eau afin de le transformer sous forme buvable.

– Lorsque l’antibiotique est à visée oculaire, une à deux gouttes par œil est souvent de mise. Lorsqu’il est à visée auriculaire, la quantité nécessaire correspond à celle qui permet de nettoyer l’intégralité du conduit auditif.

Les médicaments vétérinaires n’étant majoritairement pas conçus pour les espèces aussi petites que les NAC, la posologie est souvent très faible. Pour les médicaments les plus concentrés, il est même parfois demandé de diluer un certain volume et de n’en donner qu’une partie. Un sous-dosage induit une inefficacité de traitement tandis qu’un surdosage peut conduire à une toxicité organique. Les molécules prescrites sont bien tolérées en grande majorité mais toute erreur de posologie doit être signalée.

L’administration

L’administration a une conséquence directe sur la dose d’antibiotique ingérée par l’animal.

En raison de leur petite taille, de leur vivacité et parfois des risques d’agression, l’administration de traitements à des petits Mammifères s’avère délicate. Ainsi, de bonnes connaissances relatives à la contention de l’espèce concernée sont nécessaires. Il ne faut pas hésiter à demander au vétérinaire une démonstration en cours de consultation.

La manipulation de l’animal se fait au calme, sur une table où l’ensemble des traitements a été préparé à l’avance et loin de la cage qui doit rester une zone de repos. Le propriétaire prend son temps et ne s’énerve pas à s’y reprendre plusieurs fois. Quand cela est possible, l’animal est enveloppé dans une serviette laissant sortir la tête (Cochon d’inde, Chinchilla). Quelque soit l’espèce du Rongeur, il est déconseillé de tirer sur la queue. Même chez la Souris, chez qui cette contention est fréquemment observée, l’administration de traitements est rarement obtenue par cette manipulation. La peau du Chinchilla ne doit pas être pincée alors que le Hamster peut être tenu délicatement par le cou. Sans serviette, les Myomorphes (Rat, Souris, Hamster et Gerbille par exemple) sont tenus dans le creux de la main un peu à la manière d’une souris d’ordinateur :

– Thorax maintenu entre la paume et les 3 premiers doigts (auriculaire, annulaire, majeur). Tête bloquée entre le pouce et l’index. Arrière-train en l’air ou posé sur la table.

– Thorax maintenu entre la paume, le pouce et les 2 premiers doigts (auriculaire, annulaire). Tête bloquée entre l’index et le majeur. Arrière-train en l’air ou posé sur la table.

La voie d’administration la plus fréquente à la maison est la voie orale, encore appelée per os (PO). Elle n’est réalisable que si l’animal déglutit. En cas de doute sur un Rongeur faible, le propriétaire vérifie en lui introduisant une petite quantité d’eau dans la bouche. L’antibiotique oral est sous forme buvable ou comprimés. Les animaux prenant spontanément les traitements solides sont rares (exemple de comprimés de vitamine C chez certains Cochons d’inde). Comme décrit précédemment, ces présentations sont généralement transformées sous forme buvable. Différentes techniques, plus ou moins bien tolérées, sont possibles :

– Mélanger le médicament dans un aliment apprécié : compote, aliment humide de convalescence (A/DTM de Hill’sTM ou Convalescence de Royal CaninTM par exemple), Blédine® aux céréales, fromage… surtout avec les Myomorphes. Certains animaux mangent plus facilement le mélange lorsqu’il est présenté dans une cuiller ou sur le doigt. Cependant, la dose ingérée par cette technique n’est pas toujours bien contrôlée.

– Administrer le médicament buvable à la seringue directement dans la bouche. Certains animaux prennent la seringue avec plaisir lorsqu’il s’agit de soutien alimentaire (Critical Care d’Oxbow® ou Emeraid® par exemple), de médicaments aromatisés (tel que gel de Polysilane® ou Bactrim®) ou lorsque le médicament est mélangé avec un peu de jus de fruit. Souvent, la seringue doit être introduite de « force » en la plaçant en coin de bouche.

– Mélanger le traitement à l’eau de boisson. Cette méthode n’est pas recommandée car trop imprécise. L’animal malade ou conscient que l’eau de boisson a changé de goût peut diminuer sa prise de boisson. De plus, les matières fécales ou urinaires polluantes inactivent certains produits.

Dans les cas exceptionnels où le propriétaire ne parvient pas à administrer le traitement oral à son animal, des solutions, adaptées au cas par cas, peuvent être proposées par le vétérinaire : hospitalisation pour administration à la clinique, injections d’antibiotique longue action, etc.

Enfin, l’antibiotique peut également être apporté dans les yeux par l’intermédiaire de collyre ou de pommade ophtalmique. Afin de faciliter l’application, la paupière supérieure est tirée délicatement vers le haut. Malgré tout, chez certaines espèces de très petite taille, les collyres, plus faciles d’administration, sont privilégiés par rapport aux pommades.

La fréquence

Au même titre que la dose, la fréquence doit être impérativement respectée au risque de rendre le traitement inefficace.

– Lorsque le traitement est à donner une fois par jour, le propriétaire doit privilégier le moment où il a le plus de temps à y consacrer, en général en fin de journée. Dans la mesure du possible, il garde chaque jour le même horaire afin de respecter les 24h d’action du médicament.

– Lorsque le traitement est à donner deux fois par jour (matin et soir), un intervalle de 12h est à respecter : 7h-19h, 8h-20h, 9h-21h par exemple. En cas de disponibilités réduites ou irrégulières, le propriétaire essaiera de se rapprocher au mieux de ces intervalles.

– Au-delà de deux fois par jour, le maximum de plages horaires disponibles est recherché : matin, midi, fin d’après-midi, avant le coucher, etc.

La durée

La durée du traitement antibiotique est à maintenir rigoureusement au même titre que les autres paramètres. Le propriétaire, constatant une guérison rapide et rechignant à une manipulation longue de son animal, est susceptible d’arrêter trop rapidement le traitement. Ce comportement est à l’origine de rechutes fréquentes voire de la création d’une pathologie chronique. En effet, l’élimination bactérienne complète est souvent obtenue plus tardivement que l’amélioration clinique.

Quels risques prend-on ?

A ne pas respecter la prescription ou à initier un traitement sans consultation vétérinaire, le propriétaire peut être à l’origine de conséquences néfastes :

Traitement rendu inefficace alors qu’il se serait avéré adapté avec l’application des recommandations prescrites.

Rechute en fin de traitement ou quelques semaines plus tard. L’infection a été diminuée mais la bactérie n’a pas été éliminée. C’est le cas typique d’un traitement antibiotique arrêté trop tôt.

Antibiorésistance. Comme les animaux, les bactéries sont des organismes conditionnés par leurs gênes. Au cours du temps, elles se multiplient et peuvent être victimes de mutations génétiques, parfois délétères, parfois avantageuses. Lorsque les doses, les fréquences ou les durées de traitement sont trop basses, la colonie de bactéries n’est pas totalement éliminée. Cela laisse le temps à certaines de muter et de développer des gênes de résistance aux antibiotiques. Pour toute infection, il est donc préférable d’être efficace le plus tôt possible. Afin d’illustrer une antibiothérapie de qualité, il est d’ailleurs courant d’utiliser l’expression suivante : « frapper TOT, FORT et LONGTEMPS ». C’est-à-dire qu’il ne faut pas attendre, donner la bonne dose et traiter suffisamment longtemps.

Ajout de symptômes voire décès de l’animal. L’automédication est l’utilisation d’un médicament sur son propre animal sans avoir consulter un avis vétérinaire au préalable. La plupart du temps, elle est associée à de graves conséquences : perte de temps pour guérir l’animal, création d’une antibiorésistance et/ou d’autres symptômes, intoxication, décès.

En conclusion, l’utilisation d’antibiotiques n’est pas à prendre à la légère. Ces traitements sont bénéfiques à de nombreuses situations sans effet secondaire lorsqu’ils sont correctement utilisés. Il est important de respecter les règles établies afin de préserver l’efficacité des antibiotiques disponibles en médecine vétérinaire et humaine et afin de ne pas multiplier l’apparition de germes multi-résistants. Préserver le climat de confiance instauré entre vétérinaire et propriétaire revient à maintenir un contexte idéal à la bonne santé de nos petits protégés. Enfin, en présence de multiples Rongeurs à domicile (élevage par exemple), le propriétaire a tout intérêt à travailler avec le même praticien afin que ce dernier maîtrise au mieux l’évolution du groupe animal (portées, entrées de nouveaux individus, suivi du parasitisme, etc.).

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