Le rat-taupe nu

Le rat-taupe nu appelé Heterocephalus glaber est un rongeur faisant partie du sous-ordre Hystricognata/Hystricomorpha, de la famille des Bathyergidae. Contrairement à ce que son nom laisse croire, il n’a pas de lien direct avec la taupe ou le rat. Ce rongeur est singulier bien que mal connu. De nombreuses recherches sont faites à son sujet.

Notez bien que lorsque le terme rat-taupe est utilisé, sauf indication, cela implique toujours le rat-taupe nu et non les autres espèces comme le rat-taupe aveugle.

Généralités

Alimentation

Le rat-taupe ne mange que des racines et bulbes. Animal vivant dans des terriers, il ne sort pratiquement jamais pour aller chercher sa nourriture, car il la trouve en creusant le sol. Il pratique également la caecotrophie. La reine, elle, est exclusivement nourrie par les déjections des autres rats-taupes. Le fait de se nourrir exclusivement de cette manière est appelé l’allocoprophagie.

Caractéristiques

Picture2Ce rongeur possède des caractéristiques étonnantes : il est en effet poïkilotherme, c’est à dire à « sang-froid », comme les reptiles : sa température corporelle est fluctuante. Il a donc besoin d’un habitat avec une température stable afin d’avoir une activité normale. Il peut également « fermer » ses oreilles pour éviter une gêne avec de la terre.

Ses incroyables performances lui permettent de vivre bien plus vieux que les autres rongeurs, plus de 30 ans. Sa capacité à détruire les cellules cancéreuses en fait un animal très utilisé en laboratoire de recherche. Il semble également insensible à la douleur et son organisme a développé des capacités très spéciales sur le traitement des protéines. Enfin, il a un comportement atypique pour un rongeur.

Comportement

La vie sociale du rat taupe nu est très intéressante et surprenante. Il vit en eusocialité comme une autre espèce de rat-taupe, le rat-taupe de Damara (Cryptomys damarensis). Ce sont les seuls mammifères à vivre ainsi.

Les colonies peuvent atteindre 300 individus, la moyenne reste d’environ 70 rats-taupes par colonie. Elles ne possèdent qu’une reine et quelques mâles reproducteurs (2 à 3 en moyenne), choisis par la reine.

L’organisation sociale montre de nombreux points communs avec certains insectes comme les fourmis et les abeilles de par l’organisation et la hiérarchisation des individus. Cette hiérarchie est exercée avec force par la reine, ainsi, moins les individus sont considérés par la reine, plus ils seront bousculés, réprimandés. Les mâles reproducteurs sont assez bien considérés, contrairement aux autres qu’elle oppressera jusqu’à une stérilisation psychique! Une reconnaissance génétique a été observée : on remarque que les individus non apparentés seront moins bien traités que les oncles/neveux, eux même moins bien traités que leur progéniture, qui elle-même sera moins bien considérée que les frères et sœurs.

Il y a un grand écart dans le comportement oppressif de la reine par rapport aux individus non apparentés et oncles/neveux. Ces deux catégories sont soumises à 30-40% de plus à ses agressions que les progénitures ou frères et sœurs de la reine !

Chaque rat-taupe a des activités spécifiques. Ainsi tous les individus, sauf la reine et les mâles reproducteurs sont amenés à faire diverses tâches. Ils sont divisés en 2 catégories : individu soldat/défendeur et individu-ouvrier. Les individus-soldats défendent la colonie contre divers attaquants comme les autres colonies, leurs prédateurs (oiseaux et petit félins/canidés) mais aussi contre certains squatteurs (rongeurs et autres habitants des terriers). Quant aux individus ouvriers, leurs tâches sont plus variées et ils les effectuent selon le besoin, ainsi lorsqu’une source de nourriture est découverte des individus sont recrutés pour s’en occuper : la transporter, la stocker… De même lorsqu’un nouveau terrier est en construction, certains rats-taupes creusent à l’aide de leurs incisives et les autres s’occupent alors de dégager la terre.

Ce comportement est également retrouvé chez de nombreux insectes vivants en colonies comme les fourmis et les termites.

Le rat-taupe nu utilise aussi de nombreux signaux, vocaux ou olfactifs, notamment l’odeur de la colonie pour une meilleure reconnaissance des individus.

Il a donc un comportement unique et tout à fait particulier dans la famille des rongeurs !

Habitat

On trouve ce rongeur dans la corne de l’Afrique, plus précisément en Éthiopie, Somalie et au Kenya.

Le rat-taupe construit et creuse de grandes galeries: celles-ci peuvent atteindre 2 à 3 km de profondeur et s’étendent sur de grandes zones. Ces galeries possèdent plusieurs sorties et bouches d’aération. Elles sont construites afin que la température reste stable: environ 30°C. Le rat-taupe étant un animal pouvant être considéré « à sang froid », cela est un point très important pour sa survie. La circulation de l’air est un point incontournable: une mauvaise organisation du terrier, des sorties trop/trop peu nombreuses peuvent provoquer une variation de température et des répercussions sur la colonie qui pourront aller jusqu’à provoquer une baisse/augmentation du régime, des déshydratations et même la mort de certains individus.

Reproduction

La reine est la seule reproductrice de la colonie. Celle-ci se reproduit avec 2-3 mâles provenant de colonies voisines qui ont été capturés. Elle assurera la descendance de la colonie durant toute sa vie, en changeant de partenaire régulièrement afin d’assurer un patrimoine génétique riche. Une fois morte, les femelles se battront pour prendre sa place (comportement observé également chez les abeilles) et la gagnante prendra sa place pour elle aussi assurer la bonne prolifération des rats-taupes. Selon son choix, les mâles reproducteurs garderont leur grade ou seront dégradés au profit d’autres mâles capturés. Notez qu’une organisation naturelle est mise en place, autour des individus fertiles et stériles.

Le rat-taupe nu et la science

Si l’on sait que les études sur le rat-taupe nu sont porteuses d’espoir pour la lutte contre le cancer, il pourrait également aider les hommes grâce à d’autres de ses capacités incroyables, comme sa longévité hors pair, jusqu’à 30 ans, soit 15 fois plus qu’une souris.

D’après une étude récente, le rat-taupe nu produit une substance dans la peau, l’acide hyaluronique qui empêche une formation trop importante de cellules en amas. Cet acide est présent chez de nombreux mammifères, mais c’est sa grande quantité et sa masse moléculaire plus importante qui changent la donne en isolant les tumeurs en formation.

Cependant, il semblerait qu’à cela s’ajoute un ensemble, nettement plus complexe qui permet aux rats-taupes de se protéger du cancer. Le rat-taupe est un animal d’exception, la réussite même de l’adaptation à son environnement. Ci-contre, vous trouverez un tableau récapitulatif de ces divers aspects et des effets de ceux-ci.

Le rat-taupe nu est donc un animal qui permettrait de mieux lutter contre le cancer mais aussi les maladies neuro-dégénérative et de mieux comprendre la vieillesse. Pour le moment, nous ne connaissons pas bien ce rongeur atypique, mais au-delà de son physique plutôt repoussant se trouve une adaptation génétique époustouflante !

Aspect Effet
Vie souterraine / Pas d’accès à la lumière Moins d’exposition aux ultra-violets, ce qui entraîne une baisse des mutations.
Animal poïkilothermes Le fait que le rat taupe ait une température corporelle variable influe sur son organisme et peut diminuer son activité jusqu’à 25%.
Oxygène limité Les poumons du rat-taupe sont adaptés à son mode de vie, ils fonctionnent presque dans leur totalité, contrairement à l’homme qui n’utilise que jusqu’à 15% de sa capacité respiratoire.
De plus, le passage de l’oxygène dans le sang est facilité et son absorption plus rapide.Son rythme respiratoire est très faible, il n’utilise que le minimum.
Gène « anti cancer » Les rats-taupes sont pourvus d’un gène « anti-cancer », nommé p16, ce gène permet d’éliminer la création de tumeurs.
Acide hyaluronique Raffermit la peau et l’assouplit afin d’éviter les blessures, aide à supprimer les amas de cellules dangereuses, potentiellement cancéreuses. La masse moléculaire de cet acide et 5 fois supérieure à celui de l’homme.
Il semblerait que l’acide soit la réponse du gène p16 à la formation de tumeurs.
Insensibilité à la douleur Pas de production du neurotransmetteur appelé « Substance P ». Peut-être lié au manque d’oxygène dans son habitat et au fait qu’à part la reine, ils sont capables de se sacrifier pour la colonie.
Longévité Ces rongeurs ont des ribosomes très particuliers, les ribosomes sont des « usines moléculaires », qui recopient des protéines après avoir analysé leurs schémas de fabrication. On les trouve à l’intérieur de toutes les cellules vivantes. Elles servent à la synthèse des protéines biologiques, ou traduction génétique et si celles-ci sont mal recopiées, cela a une incidence sur la durée de vie.

Le mécanisme est propre à chaque espèce, celui du rat taupe nu semble assez singulier, car son ribosome est divisé en deux parties inégales, ce qui permet une traduction plus précise.

Leur système ribosomal unique modifie et améliore le taux de conversion et la fidélité dans l’incorporation des acides aminés.

Article par Lise Colin
Ressources
Article sur la caecotrophie : Revue de l’AFAR n°2, mars 2011
Eusocialité : http://fr.wikipedia.org/wiki/Eusocialité<
Étude sur le cancer : http://www.pnas.org/content/early/2012/10/31/1217211109.short
Étude sur la longévité : http://www.pnas.org/content/early/2013/09/25/1313473110
Traduction génétique/Risobome : http://fr.wikipedia.org/wiki/Traduction_génétique
Webcam dans une colonie de rat taupe nu : http://nationalzoo.si.edu/animals/smallmammals/
Photo : Wikipedia

Laisser un commentaire