Tumeurs mammaires : est-il nécessaire d’opérer?

Tumeur mammaire : est-il judicieux d’opérer ?

Les souris appartiennent malheureusement à une espèce hautement sujette aux tumeurs mammaires. En effet, le tissu mammaire – constitué de trois paires de mamelles thoraciques et deux paires de mamelles inguino-abdominales – fortement développé s’étend généralement sur l’entièreté de la surface ventrale, mais aussi jusqu’à la région du cou ou encore des épaules et parfois jusqu’à l’épine dorsale.

Qu’est-ce qu’une tumeur ?

Par définition, une tumeur (du latin tumere, enfler) est une néoplasie (néoformation de tissus corporels) causée par un dérèglement de la croissance cellulaire, pouvant être responsable – selon sa localisation et la nature du tissu infecté – d’un dysfonctionnement des organes et nuire à l’ensemble de l’organisme.
Les tumeurs dites sous-cutanées sont donc aisément repérables par une ou plusieurs excroissances présentes sous la peau donc palpables ou directement visibles à l’œil nu. D’autres peuvent naitre en interne, et ne sont alors que très rarement décelables (souvent asymptomatiques jusqu’à la phase terminale) ou seulement à un stade très avancé (paralysie, apathie, amaigrissement, etc.).

Les causes premières du développement de tumeurs sont l’âge et l’hérédité (proéminente chez les souris Lethal Yellow1 Ay) mais aussi l’obésité et la malnutrition, sachant qu’elles sont généralement peu ou pas douloureuses pour la souris.

Ne pas confondre une tumeur bénigne et un cancer !

En effet, l’on distingue finalement deux types de tumeurs :

  • Les tumeurs bénignes ; elles sont rarement graves dans le sens où elles ne produisent pas de métastases (tumeurs filles). Cependant, elles peuvent entrainer quelques complications aigües telles que les compressions (cérébrales, des organes adjacents), les sécrétions ectopiques,… Mais aussi dégénérer et muter en tumeurs malignes.
    L’analyse histologique (étude des tissus) confirme la faible activité mitotique (division cellulaire asexuée) ainsi que l’altération cellulaire limitée alors responsables d’une croissance lente (tissus homologues) et bien délimitée (capsule) supprimant presque totalement le risque de récidive après ablation.
  • Les tumeurs malignes ; elles sont plus communément connues sous le nom de cancer, responsables de métastases hématogènes (via le système sanguin) ou lymphogènes (via le système lymphatique) et d’agressions tissulaires sérieuses.
    Les récidives sont malheureusement fréquentes, conséquences d’une mauvaise délimitation de la masse à croissance rapide et invasive ; au sein de laquelle il existe une concentration cellulaire élevée présentant de nombreuses altérations atypiques (tissus hétérologues).

✘ Les copeaux de bois de résineux2 peuvent provoquer un cancer dans le cas d’une exposition prolongée au phénol !

Dans quel(s) cas opérer ?

Chez les souris, une biopsie de la masse tumorale avant ablation dans le but de déterminer sa nature (bénigne ou maligne) n’est pas conseillée – et est de toute façon refusée par la plupart des vétérinaires – car trop invasive, et nécessite d’autant plus l’utilisation d’une anesthésie dont les risques ne sont pas négligeables ; les risques post-opératoires sont également à considérer.

Ainsi, ne pouvant préalablement connaitre la nature de cette tumeur, l’opinion que je partage personnellement serait d’opérer le plus rapidement possible.

En effet, dans le cas d’une tumeur bénigne, les chances de récidives post-opératoires sont minimes – si ce n’est nulles – et l’ablation de la masse évitera d’éventuelles complications suite à une compression ; tout en s’affranchissant du risque de dégénérescences et mutations cellulaires en cancer.
Dans le cas d’une tumeur maligne, une réaction rapide de votre part est primordiale afin de limiter la possibilité de formation de métastase(s) au sein de l’organisme. Cependant, votre vétérinaire doit veiller à élargir les marges d’exérèse de façon à ôter la totalité du tissu tumoral avant suturation, sans quoi la tumeur maligne récidivera presque automatiquement.

✘ Dans certaines situations, la chirurgie peut être rendue délicate (voire impossible à pratiquer) si la tumeur se trouve dans une zone hautement innervée, ou riche en vaisseaux sanguins.

image001Ceci dit, certaines personnes sont totalement contre de telles opérations chirurgicales, car il y a en effet assez peu de chance que la ou les tumeurs considérées ne récidivent pas. Les douleurs post-opératoires ainsi que le stress occasionnés par la chirurgie, sont tant d’exemples qui orientent bien souvent les propriétaires à s’affranchir de l’opération.
Une fois la masse trop importante, devenant gênante et/ou douloureuse, l’euthanasie doit être envisagée ; laquelle étant couramment pratiquée suite à l’utilisation d’une substance anesthésiante.

Les tumeurs apparaissant avant le premier anniversaire de la souris sont techniquement évocatrices d’un problème de santé sous-jacent, tout comme certains abcès peuvent cacher une masse tumorale.

Les coûts opératoires sont également onéreux, lesquels sont à estimer selon l’âge (ainsi que l’espérance de vie) de la souris. En effet, ces derniers – comprenant les services de chirurgie et de soins – s’élèvent généralement à environ 100€ et varient selon les cliniques jusqu’à parfois atteindre une somme colossale.

☣ Les adénocarcinomes (tumeurs malignes développées aux dépends d’un épithélium glandulaire) mammaires sont fréquents dans certaines lignées de souris transgéniques chez lesquelles ils sont souvent liés à la présence d’un virus endogène (murine mammary tumor virus) !

La préparation à l’opération

image004Pour commencer, un vétérinaire même spécialisé en NACs ne pourra pas toujours être en mesure d’affirmer que la masse palpable est une tumeur (sous réserve que sa forme soit caractéristique), puisqu’il peut également s’agir d’un kyste comme d’un abcès.
De ce fait, j’aurais personnellement tendance à encourager les propriétaires à demander l’ablation, puis l’analyse de la masse (environ 60€) afin de connaitre sa nature et d’ajuster le traitement en conséquence. Les résultats de ces analyses en Laboratoire d’Anatomie Pathologique Vétérinaire sont obtenus sous une dizaine de jours.

Cependant, votre vétérinaire sera peut-être réticent à tenter l’opération dans le cas où il jugera que votre souris n’est physiquement pas apte à subir cette intervention. En cas d’atteinte respiratoire, d’apathie ou d’amaigrissement excessif (responsable d’hypothermies), l’anesthésie pourrait simplement être fatale ; les risques sont d’autant plus importants lorsqu’il s’agit d’une souris âgée.

/!\ Les anesthésies par injection sont à proscrire dans le cas d’un vétérinaire non expérimenté : le dosage est tellement délicat vis-à-vis du poids de la souris (environ 40g) qu’une erreur de quelques centièmes de mg aurait le même effet qu’une euthanasie !

Assurez-vous donc que votre vétérinaire utilisera exclusivement l’anesthésie gazeuse, ainsi qu’un tapis chauffant de façon à éviter une hypothermie trop sérieuse chez la souris endormie. Bien entendu, n’oubliez pas de lui demander s’il a l’expérience des chirurgies sur petits rongeurs.

Conclusion

Ne sachant finalement quelle peut être la nature de la masse palpable (tumeur, kyste, abcès), je vous encourage à consulter votre vétérinaire en vue d’une éventuelle ablation. Cette décision est cependant strictement personnelle, fonction de vos moyens financiers, mais aussi des caractéristiques physiologiques de la souris concernée.

De Katheleen LEMAIRE

1 Informations supplémentaires :

  • Obesity, diabetes and neoplasia in yellow Avy/- mice : ectopic expression of the agouti gene, 1994 : http://www.fasebj.org/cgi/reprint/8/8/479
  • The Role of the agouti Gene in the Yellow Obese Syndrome, 1997 : http://jn.nutrition.org/cgi/reprint/127/9/1902S
  • Molecular characterization of the mouse agouti locus, 1992 : « (…) We found that the pleiotropic effects associated with the lethal yellow (Ay) mutation, which include pronounced obesity, diabetes, and the development of neoplasms, are accompanied by deregulated overexpression of the agouti gene in numerous tissues of the adult animal. »
  • The yellow mouse obesity syndrome and mechanisms of agouti-induced obesity, 1999 : « This syndrome is caused by ectopic expression of Agouti in multiple tissues. »

2 Pour plus d’informations, n’hésitez pas à lire l’article intitulé « Le danger des copeaux de bois de résineux » sur le site de l’A.F.A.R : http://afar-asbl.net/articles.php?lng=fr&pg=105

Sources :

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