Le tricolore chez la souris domestique

image001Récemment arrivée dans les pays francophones, cette variété nécessite une connaissance suffisamment poussée de la génétique des souris afin d’en comprendre le fonctionnement. En effet, le Tricolore se construit selon trois paramètres aussi importants les uns que les autres, lesquels sont les dilutions c, le marquage ainsi que le gène Splashed.

Il peut bien entendu être travaillé sur différents types de poils, tel que le satin notamment.

LES BASES DE LA GÉNÉTIQUE

Pour commencer, un bref rappel des bases de la génétique est nécessaire à la compréhension de la suite de l’article.

Au plus simple, le pelage d’une souris est uniquement composé de sa couleur de base. Elle est définie par un unique gène, qui présente les allèles (différentes versions d’un gène) suivantes : Lethal Yellow (Ay), Agouti (A), tanning (at), nonagouti (a) et extrem nonagouti (ae).
L’eumélanine (type noir et brun) et la phéomélanine (type agathe et isabelle), deux formes oxydées de la mélanine (pigments responsable de la coloration des téguments), sont responsables des différentes couleurs de base du pelage.

Il faut cependant savoir qu’un gène est obligatoirement définit par deux allèles, et ce sont les règles de dominance qui donneront le phénotype de la souris (apparence) ; les lettres minuscules traduisant alors les gènes récessifs, qui ont besoin de s’exprimer à l’état homozygote pour produire la couleur s’y référant.

Lorsque que l’on a à faire à un allèle dit dominant, il est impossible de déterminer la nature du second allèle sans suivit de lignée. Dans ce cas, l’on remplace l’allèle inconnu par un tiret – ou une étoile *.
Par exemple, une souris Agouti dont on ignore de quels parents elle est issue peut-être AA (dit homozygote Agouti) ou Aa (dit Agouti hétérozygote nonagouti); on la note donc A-.

image004L’allèle at est considéré comme étant codominant, c’est-à-dire qu’il s’exprime de façon dominante sur toute l’étendue du ventre et ce peu importe la nature de l’allèle associé.

Par la suite, il est important de préciser l’existence de dilutions (b, c, d, e, p), issues de diverses mutations listées au cours des siècles, sachant que celles qui nous intéressent le plus ici sont les dilutions c.

LE STANDARD DU TRICOLORE rédigé en grande partie par le Dr. Roland Fischer *
Traduit en français par Aurélie Dengis (Lee)

Standard pour élever des tricolores

image006Les souris tricolores doivent avoir deux nuances de la couleur de base répartie en quantité égale avec le blanc (1/3 de chaque couleur). La couleur est semblable au Calico (jap : Mi-Ke) chez les chats. Les taches de couleurs doivent être nettement définies et bien séparées les unes des autres ; sans montrer d’interaction avec des poils blancs. Il doit y avoir un nombre égal des taches de différentes couleurs. Le marquage blanc peut être de n’importe quel marquage reconnu.
Les couleurs de la souris doivent être bien réparties et le motif doit être agréable à regarder. Des points sont acceptés, mais peu recommandés. Cela peut être reproduit dans toutes les couleurs reconnues; les yeux doivent être de la bonne couleur par rapport à la couleur de base, les yeux vairons sont acceptés mais peu recommandés.

Défauts

Des taches pas bien définies; mélanges de poils blancs dans les taches. La répartition des couleurs n’est pas bonne (trop ou trop peu de blanc). Une faute courante est le manque de couleur foncée et un manque de contraste.

⌕ Il est techniquement possible d’obtenir des quadricolores à l’aide de l’allèle at.

LE PRINCIPE DE FORMATION DU TRICOLORE

LES DILUTIONS C

image008Elles sont responsables d’une dilution de la couleur de base du pelage, d’une intensité variable selon les allèles combinés. Les modificateurs sont la principale cause des différentes teintes retrouvées chez des dilutions c homozygotes de diverses souris.
Ainsi, les pigments de phéomélanine semblent être beaucoup plus facilement dilués que ceux d’eumélanine ; ce qui implique quand dans le cas d’une base Ay, il est conseillé de se porter sur les dilutions les plus sombres.

Une souris qui ne présente aucune dilution c apparente est alors notée C-, les autres allèles de la série étant les suivants : dilution chinchilla (cch), dilution extrem chinchilla (ce), dilution himalayan (ch) et enfin l’albinisme (c).

Ces allèles peuvent être arrangés selon diverses combinaisons, telles que le Burmese (aa cchch), le Siamois (aa chch), le Chinchilla/Silver Agouti/Noir fox (Aat/A-/at– cchcch), le Bone (aa cec), le Beige/Coffee/Reverse Siamese (aa cece), le CPB (aa cech), le « mock » chocolate (aa cecch) et tant d’autres !

L’allèle c est dit épistatique, c’est-à-dire que son expression à l’état homozygote (cc) le rend dominant sur tous les autres gènes. Ainsi, l’albinos peut être obtenu avec n’importe quelle base et marquage, alors invisibles à l’œil !

LE SPLASHED

image012Il s’agit d’un gène récemment importé des États-Unis par divers éleveurs étrangers (allemand, néerlandais, etc.), bien que l’on suspecte son existence discrète en Europe depuis déjà quelques années.
A ce jour, son emplacement chromosomique ainsi que son origine restent inconnus.

Le gène Splashed n’est uniquement visible que s’il y a présence de dilutions c : une souris aa C- Spl- sera simplement noire !

Sa dominance présente un intérêt non négligeable sur le point de vue de la consanguinité, limitée alors par la non nécessité de pratiquer des croisements en retour. En effet, si l’un des parents est homozygote Splashed (SplSpl), 100% des petits seront hétérozygotes Splashed (Splspl).

Seul, c’est-à-dire sans la cohabitation avec le gène piebald (variegated, belted, etc.) dont je parlerai par la suite, le Splashed peut être interprété visuellement comme étant des tâches de la couleur de base sur un fond (dit « background ») de couleur de base diluée par les dilutions c. Ainsi, une souris aa cece Spl- (dite coffee/beige splashed) présentera des éclaboussures noires sur un fond coffee/beige.
En quelque sorte, le gène Splashed est actif uniquement sur les zones diluées, donc montrant la couleur de base affectée par les dilutions c.

Le Splashed n’est pas à confondre avec le Variegated (Ww), qui est par définition des éclaboussures de couleur de base sur fond blanc.

Cependant, le Splashed aura tendance à légèrement ternir la couleur de base ainsi que sa dilution, résultant parfois d’un mélange de ces deux zones majeures à leurs limites.

Dans le cas d’une base noire, il est judicieux de porter son attention sur des dilutions assez claires, afin qu’elles soient suffisamment contrastées avec le noir.

⌕ La dilution pink-eyed (pp) en collaboration avec le gène Splashed (Spl-) permet d’obtenir des stries plus claires sur des souris de base nonagouti (aa) visibles jusqu’à leur troisième semaine seulement, mais sans présence de dilutions c (C-) !

LE MARQUAGE

Il a pour rôle d’apporter la troisième couleur responsable du tricolore, c’est-à-dire le blanc. La forme des tâches sera directement liée au marquage utilisé ; lesquels sont le piebald (ss), le variegated (Ww), le belted (btbt), le banded (Wbd-), etc.

En couplant le Splashed avec un autre marquage, les éclaboussures ont tendance à s’amalgamer pour former des tâches aux contours plus distincts – on parle d’apparence Calico – selon la forme originelle des tâches du marquage utilisé.
Autrement dit, l’utilisation du variegated donnera automatiquement un rendu « splashed » au tricolore ; les tâches ne seront jamais aussi définies que celles obtenues avec l’utilisation du piebald (ss) travaillé pour l’even marked.

L’utilisation d’un marquage tacheté semble rendre aux couleurs pâlies par le Splashed leur teinte originelle !

Le banded (Wbd– S-) et le belted (btbt S-) ne donneront pas de tâches arrondies, puisqu’ils sont travaillés pour les bandes. Il est cependant possible d’associer ces deux gènes avec le piebald (ss) !

LES ASSOCIATIONS DÉCONSEILLÉES

Déconseillées parce qu’elles sont simplement non constructives dans l’obtention du Tricolore standardisé :

  • Les souris a(t)a cchcch Spl- apparaissent comme étant de simples noires (fox), malgré la présence du gène splashed accompagné de dilutions c.
  • Les souris cc Spl- (ss) seront phénotypiquement albinos.
  • Les tricolores nonagouti/SSP (siamoises de base noire) présentent généralement un contraste trop limité entre le blanc et le siamois ; à moins que ce dernier soit initialement travaillé dans le sens de l’assombrissement.
  • Les tricolores de base Red (Ay) apparaissent souvent comme étant juste bicolores ; la dilution de la base se confondant avec le blanc du marquage.
  • Les types de poils ondulés (Caracul, frizzy, Rex) ne seraient pas adaptés pour obtenir des tâches correctement définies, tout comme le marquage Variegated (Ww).

Par Katheleen LEMAIRE

Sources :

– The Finn Mouse’s site (EN) : http://www.hiiret.fi/eng/breeding/varieties/tricolor.html
– The Fun Mouse (EN) : http://www.thefunmouse.com/varieties/varietiesdetail/tricolor.cfm
– The Chilloutera Mousery (EN/DE) : http://www.repage7.de/member/drofi/tricolorsplashed.html

* Éleveur allemand (Chilloutarea Mousery) : http://www.repage7.de/member/drofi/index.html

Plus d’informations sur les variétés des Souris Domestiques sur le site internet de l’A.F.A.R : http://afar-asbl.net/articles.php?lng=fr&pg=79

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