Zoonoses et maladies transmissibles des rongeurs

Dr Olivier Pouyol, vétérinaire praticien en médecine des NAC.

Une zoonose est une infection transmissible de l’animal à l’Homme et vice versa. Peuvent donc être impliqués différents Agents Pathogènes (AP) tels que virus, bactéries, champignons et parasites.

Les Rongeurs sont souvent porteurs « sains » de divers AP, c’est-à-dire que leur organisme en contient sans provoquer de maladie. On appelle cela un portage asymptomatique. Soit l’espèce n’est pas du tout sensible à cette maladie, soit leur système immunitaire est résistant à l’AP sans pour autant l’éradiquer totalement. Ceci explique qu’une immunité défaillante (animal malade, individu âgé) puisse faire resurgir une maladie dont l’animal est porteur depuis plusieurs mois à plusieurs années.

1) Zoonose du Rongeur vers l’Homme

Les zoonoses que peuvent transmettre les Rongeurs à l’Homme en bonne santé sont en général bénignes. Il s’agit surtout de zoonoses dermatologiques, telles que la teigne (encore appelée dermatophytose) ou plus rarement les parasites (puces, gales, poux par exemple).

Photo 1 - Lésion de teigne chez l'HommeLa TEIGNE est un champignon (ou mycose) de surface qui touche plus facilement les enfants, les personnes âgées et les individus à immunité affaiblie. Elle se transmet par contact avec un poil contaminé, même si l’animal ne montre aucune lésion visible. La contamination peut donc se faire par dissémination de poils « teigneux » dans l’environnement, sans contact direct avec l’animal porteur. Les lésions sont assez caractéristiques. Chez l’animal, la teigne se manifeste par une zone circulaire avec perte de poils, la peau est d’abord rougeâtre puis croûteuse, le prurit (ou « grattage ») n’apparaît pas tout de suite. Chez l’Homme, la lésion correspond à une zone circulaire rouge très prurigineuse, encore appelée « roue de Sainte Catherine » (photo ci-contre). Le diagnostic de certitude est réalisé en clinique vétérinaire grâce à la mise en culture de poils. Le traitement, d’une durée minimale d’un mois, est à base d’antifongiques locaux, oraux et environnementaux.

Les PARASITES CUTANES existants sont nombreux. Ils sont généralement apportés par un nouvel animal ou un nouveau paquet de litière ou de foin. Ainsi, les paquets issus d’exploitation fermière ne sont pas recommandés, leur portage parasitaire étant souvent plus important que dans les paquets vendus chez le vétérinaire ou en animalerie. Ces parasites nous posent rarement problème étant donné que notre hygiène de vie est généralement suffisante à contrer la contamination. Les poux de Rongeurs ne se reproduisent pas dans les cheveux des enfants. C’est donc surtout pour protéger l’animal que le déparasitage est conseillé à l’aide de pipettes appliquées à la base du cou, à même la peau. Il est possible de citer Stronghold® 15mg (1 goutte pour 200g) et Advocate® chat (1 goutte pour 400g) qui ont une activité protectrice maximale d’un mois. En cas d’infestation massive, une application 2 à 4 fois à 2 semaines d’intervalle est recommandée. Enfin, les pipettes entamées ne peuvent être conservées après ouverture, le principe actif se dégradant rapidement.

Photo 2 -

Oeuf de parasite externe de Rat observé au microscope

Photo 3 - Chirodiscoides caviae chez un Cochon d'Inde observé au microscope

Chirodiscoides caviae chez un Cochon d’Inde observé au microscope

Les MORSURES de Rongeurs sont à désinfecter systématiquement même celles de petite taille. La blessure engendrée a souvent du mal à cicatriser car elle se surinfecte d’un AP dont l’animal est porteur (pasteurelle par exemple). L’atteinte peut même parfois évoluer vers un syndrome plus général (fièvre, grippe, etc.).

Lésions de Cow Pox

Lésions de Cow Pox

Pour en terminer avec les zoonoses dermatologiques, un épisode viral a récemment défrayé la chronique. Il s’agit d’une infection au virus du Cow-pox qui a atteint des rats de plusieurs animaleries du nord de la France. Les lésions animales correspondent à des nodules rouges évoluant en ulcérations. Chez l’Homme, l’atteinte se manifeste surtout par des cratères rougeâtres en relief. La pathologie est plus impressionnante par sa contagiosité et son étendue cutanée possible que par sa dangerosité.

Comme pour les gastro-entérites transmises entre humains, certains AP sont apportés par CONTAMINATION ORO-FECALE : la main entre en contact avec une particule fécale microscopique et l’apporte à la bouche. Le nettoyage des mains après manipulation de cage et d’animaux est donc essentiel. Les AP en causes sont la plupart du temps bactériens et parasitaires. Cependant, notre système digestif performant est capable de détruire bon nombre d’AP, avec ou sans symptôme. Attention tout de même à la campylobactériose qui est la 2nde cause de diarrhée bactérienne chez l’Homme et dont le Hamster peut être porteur sain.

La LEPTOSPIROSE est une infection bactérienne transmise par les urines de Rongeurs sauvages de campagne comme de ville (rats, campagnols, etc.). L’AP reste active au sein de zones d’eau stagnantes : flaque, mare, lac par exemple. L’Homme ou d’autres mammifères se contaminent en ingérant des gouttelettes issues de ces réserves d’eau (contamination oro-urinaire). La pathologie provoque divers symptômes dont insuffisances hépatique et rénale. Le risque qu’elle soit transmise par les Rongeurs domestiques est quasi inexistant.

Par contre, une transmission urinaire potentielle mais rare est celle d’un arénavirus dont les Rongeurs de compagnie peuvent être porteurs sains. Il est souvent à l’origine de méningite chez l’enfant.

Les personnes immunodéprimées possédant ou ayant un Rongeur familier dans leur entourage, doivent être informées que ces animaux sont très fréquemment porteurs sains d’AP respiratoires constituant pour elles un danger potentiel (pneumocystose, bordetellose, virus par exemple).

2) Zoonoses de l’Homme vers les Rongeurs

L’Homme étant souvent un « cul-de-sac » épidémiologique, il ne transmet que très rarement un AP à son Rongeur de compagnie. Cela s’explique en partie par une hygiène importante au sein de l’espèce humaine. Les pathologies respiratoires de l’Homme (grippe par exemple) ne provoquent qu’exceptionnellement un syndrome fébrile chez les petits Rongeurs.

Dans un autre registre, l’Homme favorise beaucoup de pathologies chez l’animal sans lui transmettre directement. En effet, lorsqu’ils sont mal gérés, l’environnement (poussières, températures, produits chimiques, fumées, etc.) et l’alimentation sont susceptibles d’affaiblir le Rongeur et de le prédisposer à diverses infections.

3) Maladies transmissibles entre Rongeurs

Théoriquement, toute pathologie infectieuse est transmissible directement ou indirectement. Les animaux peuvent se contaminer entre eux par contact direct (atteinte dermatologique), par voie oro-fécale (atteinte gastro-entérique), oro-urinaire ou respiratoire. Il est encore possible qu’ils se contaminent à la même source (foin ou litière de mauvaise qualité par exemple). Cependant les organes isolés, tels que le système nerveux ou les abcès abdominaux, ne disséminent que rarement les infections dont ils sont victimes.

Ascaris contenant des oeufs chez une Souris

Ascaris contenant des oeufs chez une Souris

Les transmissions les plus fréquentes sont celles d’AP cutanés (parasites externes), digestifs (parasites internes, Photo ci-contre) et respiratoires. Par exemple, la MYCOPLASMOSE est une maladie très contagieuse chez les Rats qui en sont majoritairement porteur sain. Difficile à traiter, elle s’oriente progressivement vers une pathologie respiratoire chronique et se transmet souvent par éternuements. D’autres AP respiratoires sont souvent transmis entre Rongeurs : Streptocoque, Para-myxo/influenza-virus, Hantavirus par exemple.

De manière générale, il est déconseillé de manipuler, de recueillir ou d’acheter tout Rongeur sauvage. Ils peuvent être porteurs de nombreux AP (parasites, leptospirose, Hantavirus par exemple). Malgré ces recommandations, en cas de prise en charge d’un tel animal, il est conseillé de ne jamais le mettre en contact avec un Rongeur de compagnie. Ils n’ont pas les mêmes portages sains ni les mêmes références comportementales.

Certains Rongeurs sont exceptionnellement porteurs sains de pseudo-tuberculose, encore appelée yersiniose et transmise par voie oro-fécale. Chez l’animal comme chez l’Homme, les symptômes sont notamment une augmentation de taille des ganglions et une fièvre intermittente. Heureusement, la transmission à l’Homme est extrêmement rare.

4) Prophylaxie

Il s’agit des moyens mis en place afin de prévenir l’apparition ou la propagation d’une maladie. Voici une liste non exhaustive de manœuvres prophylactiques centrées sur :

L’ANIMAL :

  • Prévention médicale: Pipette antiparasitaire, vaccin bordetellose pour les Cochons d’Inde.
  • Quarantaine de tout animal suspect: Qu’il soit nouveau ou malade, l’animal doit être isolé des autres pour éviter toute transmission d’une pathologie éventuelle ou avérée. L’observation de l’animal requiert plusieurs semaines voire un isolement définitif en cas de suspicion de portage sain (exemple de la mycoplasmose).
  • Précaution du propriétaire malade : Se laver les mains avant manipulation et éviter d’éternuer dans leur direction voire dans leur pièce. Réduire le contact jusqu’à guérison.
  • Thérapeutique médicale: Consulter un vétérinaire pour toute gestion médicale.

L’ENVIRONNEMENT :

  • Hygiène alimentaire: Écarter toute alimentation suspecte. Vider régulièrement les lieux de cachettes alimentaires pour éviter que l’alimentation mise de côté par l’animal pourrisse.
  • Hygiène de la cage: Nettoyage complet 1 à 2 fois par semaine à l’aide de produits d’entretien efficaces à condition de bien rincer ensuite. Il est à noter que l’eau de Javel est plus efficace avec de l’eau froide que de l’eau chaude. Écarter tout paquet de litière suspect.
  • Hygiène la pièce: Éviter poussières, courants d’air, températures trop basses ou trop élevées, ambiance trop sèche (radiateur) ou trop humide, fumées (cigarette, encens, etc.) et odeurs (parfum corporel, diffuseurs de parfum, peinture, etc.).
  • Ambiance: Éviter toute source de stress telle que bruits trop forts, surpopulation dans la cage ou autre animal de compagnie venant les embêter (Chat, Chien).

LE PROPRIETAIRE :

  • Se protéger : Se laver les mains après manipulation (gel hydroalcoolique par exemple). Maîtriser la contention de l’animal afin d’éviter toute morsure. Mettre des gants lors de la manipulation d’animaux sauvages.
  • Protéger les plus fragiles: Éviter la manipulation d’animaux malades aux personnes les plus fragiles (enfants, personnes âgées, faiblesse immunitaire). Concernant les personnes immunodéprimées non stabilisées, éviter tout contact avec un Rongeur. Dans les cas moins graves, prendre des précautions strictes comme le port de masque afin d’empêcher toute contamination respiratoire.
  • Gérer une contamination : Désinfecter immédiatement toute plaie d’origine animale (griffure, morsure). Consulter un médecin pour toute gestion complémentaire.

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