Manx et sans queue

manx1Il faut avant tout faire la différence entre les animaux dont la queue a été amputée, ils ont alors le physique d’un manx (pas de queue ou queue très écourtée) mais ne sont pas génétiquement manx, leurs bébés auront donc une queue classique. Dans cet article, lorsque nous mentionnons « manx » nous parlons évidemment des animaux génétiquement manx.

Historique

Dans l’Institut d’Anatomie et de Biologie Wistar (la race de rats de laboratoire la plus connue), 5 rats sans queue sur 40.000 rats de type normal ont été obtenus entre 1915 et 1917. Ils ont été observés pendant leur vie et trois ont été disséqués afin d’examiner leur colonne vertébrale. Au niveau des lombaires, les os étaient modifiés et la ceinture pelvienne était attachée seulement par une petite partie à l’extrémité antérieure, changeant l’angle des jambes postérieures, ayant pour résultat un arrière-train relevé. Ensuite, dans les années 1980 sont nées des lignées de rats portant le gène manx en Europe et en Amérique. Il existe également le phénotype manx chez la souris, mais qui est encore relativement rare et peu élevé.

Santé

manx12L’absence de queue peut avoir un impact plus ou moins important sur le bien-être et la santé de l’animal, qui sont encore peu contrés dans les lignées actuelles car elles ont été peu élevées et sélectionnées. Tout comme le nu, les animaux vont progressivement contrer ces problèmes naturellement, si la sélection se fait correctement par les éleveurs.

La queue sert à l’équilibre de l’animal soit comme balancier, soit comme prise directe lorsqu’ils grimpent ou se baladent sur une surface restreinte. Cependant, si les animaux dont la queue est amputée au cours de leur vie ont des soucis par la suite, les animaux nés sans queue ne comptent pas sur cet organe pour leur équilibre et se débrouillent aussi bien sans.

La queue sert aussi à réguler la température corporelle car elle est irriguée par divers vaisseaux sanguins, veines et artères. Le sang refroidit celui-ci en passant dans la queue car il passe juste sous la surface de la peau. En remontant dans le corps, il refroidit celui-ci. Le rat et la souris ne transpirant pas, elle sert surtout pour faire baisser la température corporelle. Chez un rat normal, la queue représente environ 5% de la surface externe du corps, mais permet une perte jusqu’à 17% de la chaleur corporelle. Si cette mutation ne serait donc pas viable en pleine nature, dans des maisons où la température est relativement constante, cela ne posera pas de problème, sauf lors de grosses chaleurs où il lui faudra une attention particulière et bien plus stricte qu’un rat ou une souris normal(e).

Malformation ou non ?

manx5La queue fait partie intégrante de la colonne vertébrale, qui est formée en même temps que le système nerveux pendant le développement de l’embryon. La colonne vertébrale est un ensemble d’os (les vertèbres) qui entoure et protège la moelle épinière. Des nerfs débutent dans la moelle épinière, une paire entre chaque vertèbre. Le manx peut parfois entrainer des malformations, selon si la mutation agit sur une partie inactive (neurologiquement) de la queue ou au contraire sur une partie active. Si elle est sur une partie dite active, l’animal va avoir des soucis d’équilibre, notamment la difficulté ou l’impossibilité de se lever sur ses pattes arrières, et les malformations risquent d’empirer progressivement jusqu’à la paralysie et au décès de l’animal. L’absence de queue peut être le symptôme d’un problème au niveau de la colonne vertébrale spina bifida (colonne mal refermée qui entraine la paralysie à terme).

Un manx n’ayant pas de problème de colonne vertébrale est capable de se déplacer parfaitement normalement. S’il se déplace en sautillant, s’il a les doigts recroquevillés, les pattes écartées, s’il marche sur les talons, si on observe des paralysies partielles ou totales de l’arrière-train, c’est qu’au niveau de la colonne vertébrale il y a probablement une rupture ou une discontinuité partielle ou une blessure due à cette discontinuité. Ces nerfs ne contrôlent pas que les membres. Ainsi, il semblerait que la deuxième vertèbre caudale (de la queue) contrôle la vessie et les sphincters des systèmes urinaire et digestif. Une déformation à ce niveau peut donc entrainer des complications, voire même de l’incontinence. S’il y a interruption d’afflux nerveux, il y a des problèmes !

Les gènes

Chez les rats, il existe deux gènes qui codent pour le manx génétique : Tail Anomaly Lethal (Tal) et Stub-tail (st).

Tal est un gène dominant, létal sous sa forme homozygote (Tal/Tal) in utero (après une dizaine de jours de gestation). La taille de la queue varie de 0% à 100% de la normale, avec parfois des déformations de la queue (queue en tire-bouchon) liées à la déficience du squelette. Le fait que les rats Tal aient une queue normale ou presque indique que ce gène, s’il est dominant, a du mal à s’exprimer (pénétrance génétique faible). Environ 80% des rats Tal expriment ce gène de façon significative, mais plus ou moins importante.

Stub tail (st) est un gène récessif. Cependant, la plupart des homozygotes meurent à la naissance, ce génotype est donc supposé éteint.

Il existe au moins deux gènes et des facteurs polygéniques associés, appelés « modifiants », qui entrainent l’apparition de rats manx.

Le gène T chez les souris sans queue est dominant, et donne des animaux sans queue

T/-. Il y a des modificateurs au gène de t qui ont plusieurs résultats : les souris t(n)/- ont des queues normales, les souris T/t(n) sont manx, et les souris T/T et t(n)/t(n) sont létales homozygotes. Le sperme du type t a tendance à fertiliser plus d’ovules non t, menant à une proportion plus élevée de souris sans queue que prévu par la génétique mendélienne. Il existe également de nombreux modifiants qui font que les manx peuvent avoir différentes longueurs de queue (depuis l’absence jusqu’à une queue quasi complète). Le gène semble présenter moins de problèmes de santé, sauf que l’absence de queue est totale, surtout chez le mâle dans la région pelvienne. Ce gène est principalement élevé aux Etats-Unis.

Il existe également un autre gène manx chez la souris, présent en Australie par exemple, qui est lui récessif. Ce gène-là présente plus facilement des problèmes de déformation ainsi que des queues de cochon (tire-bouchon).

Types de manx

Il y a divers types de rats et souris visiblement sans queue :

  • Le Rumpy : tout à fait sans queue. Il peut même y avoir une fossette au bout du corps (rond) là où la fin de la colonne vertébrale devrait se situer
  • Le riser : animal sans queue, la fin du corps se termine en pointe
  • Le stumpy : animal avec une queue courte (rats : 5cm; souris : 3cm)
  • Le longie : animal avec une queue de longueur presque normale. Si cette particularité n’affecte pas seulement la queue mais aussi la colonne vertébrale et le bassin, on peut dire qu’il s’agit d’une malformation (grave).

 

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La queue est longue, mince et parfaitement effilée à l’extrémité, pas de raccourcissement visible, ni pliure. Un animal se présentant ainsi peut être le cas d’un rat porteur du gène manx. Il arrive cependant que naisse un animal avec une queue entière mais dépourvue d’os, cet animal est alors un manx. Sa queue donne l’impression d’être un lacet.

 

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Le bout de la queue est émoussé, aucun signe de changement des vertèbres.Il ne s’agit pas d’un animal manx. Lors d’une observation détaillée, on pourra découvrir une blessure ou une cicatrice à son bout, l’animal a alors été amputé (accidentellement ou volontairement).

 

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Animal manx longie à queue raccourcie

 

 

 

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Manx shorty ou stumpy. La queue est raccourcie (ou moignon de queue, ou queue vestiginale). Aucun signe de dommage, blessure ou cicatrice à son extrémité n’est visible. L’animal ne présente aucun problème. Il s’agit d’un manx (longie, stumpy ou shorty selon la longueur de la queue).

 

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Queue très courte sans os, dénommée « tresse » en anglais, ou en lacet ou en tire-bouchon. Aucun signe de cicatrice ou de blessure.
Souvent les hanches sont malformées (bassin déplacé et démarche boiteuse).

 

 

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L’animal est non seulement manx, mais également malformé si les hanches ne sont pas normales. N’élevez jamais des animaux qui ont des malformations au niveau des hanches.

 

 

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Si l’animal n’a pas de queue du tout, il peut s’agir d’un manx. Celui-ci est formé normalement mais sans queue est absente, on peut logiquement faire porter ces femelles sans problème ultérieur. C’est ce qui s’appelle un manx « riser ».

 

 

shema6Celui-ci a souvent le bassin soudain aux vertèbres lombaires, sa démarche est difficile, il a plutôt tendance à sauter à clocher-pied. Le corps est plus court et plus arrondi que la normale et présente souvent une fossette au niveau de l’endroit où la queue devrait se trouver. Il ne faut pas reproduire ce type de manx ! Ce type demanx s’appelle Rumpy.

 

manx10Cet animal manque nettement de vertèbres, le bassin est soudé et les hanches sont déplacées, ou le bassin n’a aucun raccord avec la colonne vertébrale. Parfois même, la colonne vertébrale est tellement courte qu’elle n’atteint pas complètement le bassin. Cet animal est malformé, il ne faut pas le reproduire. Une femelle mourrait systématiquement à la mise-bas. Souvent, il est impossible même pour ces animaux d’avoir une gestation. Il peut également avoir des graves problèmes urinaires et rectaux.

shema7 Il est assez conseillé d’euthanasier un tel animal, aussi malformé, dès la naissance pour éviter de le faire souffrir inutilement. Les plus gravement atteints meurent généralement peu après la naissance, et s’ils survivent, le bassin « pend » et ils sont incapables de se servir de leur arrière-train. Ceci s’appelle un manx stumpy.

Reproduction

Certains éleveurs préfèrent n’élever qu’avec des manx4animaux dont la queue est courte mais pas inexistante, pour éviter tout défaut non visible chez des animaux manx sans queue. Les femelles manx peuvent avoir de sérieux problèmes de mise-bas, surtout chez les manx dont la queue est inexistante (rumpies, et plus rarement les riser). L’altération de la colonne vertébrale et/ou du pelvis par exemple peuvent entrainer des problèmes comme le décès des bébés dû au canal trop étroit pour une naissance. La pression exercée lors de la naissance sur la colonne et le bassin peut provoquer des dégâts des nerfs, une paralysie, voire la mort de la mère. Une épine dorsale plus courte peut également empêcher un alignement correct des bébés pour la naissance. Bref, une mise-bas d’une femelle manx peut mener à de graves problèmes, ou à la mort de la mère.

Il peut également y avoir des dysfonctionnements du système reproducteur avec diverses conséquences comme notamment la stérilité (conséquence la plus courante).

manx3Il y a beaucoup plus de femelles manx que de mâles, ceci peut avoir plusieurs explications, notamment le décès in utero de la plupart des mâles, ou la non-expression des caractères sexuels mâles (la base de la colonne vertébrale contrôle aussi les organes sexuels).

Le manx étant une mutation encore très instable, et dépendant de beaucoup de modifiants, lorsque l’on croise un porteur avec un manx par exemple, on peut obtenir des bébés sans queue, avec un morceau de queue plus ou moins grands, voire des longie.

Outbreeding ou brassage des lignées sont obligatoires pour l’élevage du manx. Cela doit être fait au maximum car le manx étant à la base une mutation liée de près à la consanguinité, l’ajout de consanguinité peut avoir des conséquences désastreuses. Il vaut mieux passer au maximum par des porteurs, de lignées différentes. Il est également préférable d’utiliser des femelles porteuses plutôt que des femelles manx. Il ne faut pas reproduire les femelles rumpy.

Le manx préféré de tout éleveur et amateur sérieux sera manx2évidemment un animal sans queue et sans malformation. La majorité des manx n’a pas de problème de santé majeur, si on prend un minimum de précautions. Grace à la sélection, des éleveurs américains sélectionnant des lignées de manx depuis des dizaines d’années, obtiennent entre 20% et 50% de manx bien portants dans une portée en les croisant entre eux (ce qui reste néanmoins déconseillé) au lieu des 2-3% des premières lignées. Cela est dû à l’accumulation des facteurs polygéniques du fil des générations. Les mâles sont de plus en plus nombreux. Les problèmes de reproductions se font plus rares qu’auparavant.

Comme il arrive encore parfois que des animaux malformés naissent dans des lignées travaillées de manx sains, il faut être prêt à euthanasier de tels bébés, si on décide de se lancer dans la reproduction du manx.

Aurélie Dengis

Source : Revue Rodent N°25-2004

 

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