Questions-réponses avec un vétérinaire NACs

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En Juin 2012, on avait proposé à nos membres de poser les questions qu’ils voulaient à un vétérinaire spécialisé dans les rongeurs et NACS.

*SANTE*

Que préconisez-vous comme méthode d’euthanasie? L’intra-cardiaque a été appliquée sur un de mes rats et il était évident que malgré anesthésie l’animal a souffert. J’ai également lu un article disant la même chose. Il me semble que cette méthode est interdite aux USA.

L’AVMA, Association de Médecine Vétérinaire Américaine, affirme, dans ses recommandations de 2007, que « l’injection intracardiaque est acceptable seulement si elle est pratiquée sur un individu (…) anesthésié ».

A mon sens, l’inconfort rencontré chez les petits animaux lors de telles injections peut avoir différentes causes :

– Anesthésie insuffisamment profonde.

– Injection de l’euthanasiant à côté du cœur.

En ce qui concerne l’anesthésie, elle doit être totale, profonde et permanente. Ces caractéristiques sont réunies dans l’utilisation de certains gaz (isoflurane par exemple). La profondeur de l’anesthésie est contrôlée grâce à la concentration du gaz, à l’utilisation d’un stéthoscope et à la réalisation de réflexes. Chez certains animaux très affaiblis, l’endormissement est quasi-instantané et synonyme de confort retrouvé vis-à-vis d’un état pathologique avancé.

Le CO2 est beaucoup utilisé pour les animaux de laboratoire. Cependant, son emploi n’est fiable que si la concentration est maîtrisée, ce qui est rarement le cas dans la plupart des protocoles à domicile décrits sur internet – et notamment sur les sites anglophones. Quant aux anesthésies par injection, elles sont souvent imprécises, la dose variant d’un animal à l’autre. De plus, leurs effets ne s’installent que lentement, ce qui est souvent inadapté sur des animaux en souffrance.

Le cœur est repéré grâce au stéthoscope ou au pouls thoracique perçu visuellement ou entre les doigts du vétérinaire. Une certaine expérience est nécessaire à sa localisation précise. L’injection en soi n’est pas plus douloureuse qu’une injection sous-cutanée à visée thérapeutique, d’autant plus que l’animal est endormi.

Le contexte est également très important. Quand cela est possible, le propriétaire peut apporter son animal dans une petite cage transparente, avec sa litière et une cachette dont il a l’habitude. Ainsi, le gaz peut être apporté dans cette enceinte sans que l’animal ne soit stressé d’avantage.

Enfin, les propriétaires sont souvent surpris de constater de légers mouvements au cours de l’acte d’euthanasie. Ils sont la plupart du temps secondaires à des mécanismes réflexes ne témoignant pas de douleur.

Que sont les mycoplasmes ? Comment éviter la contagion ? Comment repérer une infection ? Que se passe-t-il au sein de l’organisme du rongeur en cas d’infection ? Comment s’en débarrasser ?

Les mycoplasmes sont une famille de bactéries parmi lesquelles Mycoplasma pulmonis est responsable d’une atteinte respiratoire fréquente, notamment chez les rats.

Ces derniers possèdent la bactérie naturellement dans leurs voies respiratoires (3/4 des rats sont porteurs). Alors que certains ne seront jamais embêtés, d’autres vont malheureusement développer la maladie. Plusieurs facteurs y prédisposent : système immunitaire défaillant, alimentation déséquilibrée, stress, surpopulation, manque d’hygiène, températures trop basses ou variables, ambiance trop sèche ou humide, air contaminé par de la fumée (cigarette, encens…) ou par des odeurs (litière parfumée, diffuseur de parfum, peintures…), autres pathologies parallèles (parasitisme), faiblesse liée à l’âge, etc.

Les symptômes peuvent être directs et respiratoires (éternuements, écoulement nasal, bruits respiratoires, respiration rapide ou irrégulière, bouche ouverte) ou indirects et variés (anorexie, abattement, pigmentation rouge aux yeux et aux narines appelée chromodacryorrhée, muqueuses et extrémités bleues).

La stabilisation est recherchée grâce à un traitement adapté : désinfection nasale, antibiotique, anti-inflammatoire, bronchodilatateur, inhalations, etc. Malheureusement, la guérison est rarement obtenue car le rat reste porteur naturel de la bactérie. L’infection peut se réveiller à la faveur d’un stress, devenir chronique et même s’étendre plus en profondeur (poumons). De plus, d’autres germes peuvent venir compliquer la pathologie (virus ou bactéries). L’objectif est donc plutôt de contrôler la maladie et d’apporter un confort de vie adapté.

Théoriquement, même si cela paraît difficile en pratique, il faudrait isoler tout rat ayant montré des symptômes. Il est à noter que la mycoplasmose est une zoonose, c’est-à-dire qu’elle peut être transmise à l’homme, qui doit veiller au maintien de mesures hygiéniques strictes (nettoyage des mains avant et après manipulation, éloignement des individus fragiles comme les enfants ou les personnes immunodéprimées).

Quels sont les trois problèmes les plus rencontrés en consultation chez les rongeurs ?

Chez le cochon d’inde et le chinchilla, l’atteinte la plus fréquente est l’arrêt de transit souvent secondaire à une atteinte dentaire. Les erreurs alimentaires et les carences en vitamine C en sont les premières responsables. Chez les rats et les souris, tumeurs mammaires, atteintes respiratoires et neurologiques sont très souvent rencontrées.

Comment différencier un kyste, d’une tumeur, d’un abcès ou d’une masse d’une nature autre sans effectuer d’opération invasive pour biopsie ou d’histologie de l’intégralité de la masse ?

Les antécédents de l’animal poussent parfois à suspecter une blessure qui a pu évoluer en abcès. L’observation directe permet, elle, d’identifier certaines masses extérieures (verrues et certains abcès). La localisation sur l’animal est très indicatrice. Une masse sur le corps d’une ratte âgée de plus de 1 an correspond très fréquemment à une tumeur mammaire. Une boule située sous la mâchoire d’un cochon d’inde est probablement un abcès dentaire. Enfin, d’autres éléments permettent d’affiner la suspicion (âge, palpation, échographie, ponction par exemple). Cependant, rien ne remplace l’analyse histologique d’une masse retirée afin de connaître sa nature exacte.

Quels sont les premiers gestes d’urgence lorsqu’un rongeur est découvert totalement amorphe ?

– Le mettre au chaud. Penser à remplir d’eau chaude une petite bouteille ou un ballon gonflable, recouvert d’un linge et placé contre l’animal. Une bouillotte est également envisageable à condition que son contact ne soit pas trop chaud.

– Lui proposer, à l’aide d’une petite seringue, eau et alimentation pâteuse (Critical Care Oxbow® pour les herbivores, Hill’sTM A/DTM pour les omnivores par exemple) ou liquide (Ensure Plus® disponible en pharmacie). Attention, si le rongeur est trop faible pour avaler, cela peut être dangereux. Essayer d’abord avec une goutte d’eau pour savoir s’il est capable de déglutir ou non.

– Proposer un environnement sain : ni courant d’air, ni fumée, ni odeur.

– Connaître les coordonnées d’un vétérinaire orienté en médecine des NAC pour répondre à vos questions et apporter votre rongeur si besoin.

Par rapport à ce que j’ai vécu avec Plume, mon cochon d’inde décédé récemment, pensez-vous qu’il soit possible de prévenir la formation de kystes ovariens grâce à des injections (sous forme de patchs) d’hormones ?

La gestion des kystes ovariens est extrêmement complexe. Après l’âge de 4 ans, la majorité des cochons d’inde femelles en sont porteuses. Chez certaines, les kystes sont petits et sans conséquence alors que, chez d’autres, ils prennent trop de place et gêne la digestion alentour. Les injections, implants ou patchs se révèlent souvent décevants. La seule prévention efficace semble la stérilisation dès l’âge de 6 mois. Délicate, l’intervention est à pratiquer par un vétérinaire expérimenté.

Est il vrai que le Métacam® est dangereux pour les cochons d’inde de plus de trois ans (atteintes rénales notamment) ?

Le méloxicam est un anti-inflammatoire non stéroïdien. Il diminue légèrement la perfusion rénale, ce qui ne pose pas de problème chez un animal en bonne santé. Par contre, il représente un risque lorsqu’une atteinte rénale est présente. Ainsi, chez les cochons d’inde âgés, à cause d’une fragilité rénale accrue, l’utilisation d’un anti-inflammatoire non stéroïdien doit être raisonnée.

Pensez-vous que le Durogesic sous forme de patch soit vraiment efficace pour soulager les douleurs ?

Le Durogesic est un patch de fentanyl qui assure une analgésie d’une durée de 4 à 5 jours. La molécule traverse progressivement la peau et est distribuée dans l’organisme par la circulation générale. Selon mon expérience, il s’agit d’une analgésie très efficace. Les raisons de son échec sont, par exemple, une absence d’adhésion du patch à la peau ou une repousse trop rapide du poil en-dessous.

L’anesthésie gazeuse Vs. l’anesthésie par injection : présentation des deux procédés et comparaison

L’anesthésie gazeuse consiste à faire respirer un gaz anesthésique à l’animal. Chez les NAC, le gaz arrive dans un masque appliqué sur leur nez ou dans une boîte où l’animal se trouve. Il s’agit d’une anesthésie sécuritaire dont les doses sont modulables en cours d’anesthésie. Le gaz est éliminé rapidement une fois l’acte terminé et le réveil se fait en quelques minutes.

L’anesthésie par injection est réalisée par administration à la seringue de produits anesthésiques divers. Ils sont injectés en voie sous-cutanée, intramusculaire voire veineuse pour les espèces sur lesquelles il est possible de poser un cathéter sanguin (chiens, chats, lapins, furets). Beaucoup de molécules différentes existent et chacune a ses propriétés. Certaines ont une courte durée d’action alors que d’autres persistent plus longtemps dans l’organisme allongeant la durée du réveil. Il faut en effet attendre que le produit soit éliminé dans les urines pour qu’il n’ait plus d’effet, excepté pour quelques uns dont l’activité peut être arrêtée par un antidote.

Quelle qu’ait été l’anesthésie de départ, une intubation trachéale est mise en place lorsqu’elle est permise pour les actes de longue durée (chirurgie par exemple). L’anesthésie gazeuse est alors contrôlée avec encore plus de précision.

Même si l’anesthésie gazeuse se montre souvent plus sécuritaire chez les NAC, l’essentiel est de connaître et de maîtriser les molécules utilisées et d’assurer une surveillance anesthésique accrue (contrôle de la température, de la profondeur d’anesthésie, des paramètres cardiaques, etc.).

A quelle vitesse poussent les dents d’un cochon d’inde ? Est-il possible qu’une semaine après un limage, elles soient de nouveau trop longues ?

La pousse des incisives est de 1 à 1,3cm par mois alors que celle des prémolaires et des molaires est d’environ 2mm par mois. En une semaine, si le cochon d’inde ne mange pas, il est possible d’avoir une élongation conséquente des dents. De plus, après un premier limage, la reprise alimentaire ne se fait pas tout de suite. Cela est souvent dû à la difficulté pour la musculature des mâchoires de se réadapter à une dentition saine. Tout ceci explique qu’il faille parfois du temps et de la patience avant de retrouver un appétit amélioré.

Il existe de la vitamine C sous forme dure, à manger (granulé), est-elle aussi efficace et bien pour les cobayes?

Elle est théoriquement tout aussi efficace. Le choix de la présentation est fonction des habitudes du cochon d’inde. Il est plus facile chez certains de préciser une dose exacte avec la formulation buvable. D’autres préfèrent les comprimés de vitamine C qui existent désormais en différents dosages permettant de s’adapter à l’apport souhaité.

Il existe maintenant plusieurs techniques pour castrer et stériliser les rongeurs, lesquelles conseillerez-vous?

Chaque vétérinaire orienté NAC a ses préférences quant aux différentes techniques possibles. Tant que l’animal est confortable et que la cicatrisation se déroule bien, n’importe quelle méthode peut être utilisée. De manière générale, chez les mâles, on oppose stérilisation par voie abdominale à celle par voie scrotale (c’est-à-dire qu’on incise en zone testiculaire). Au sein de notre structure, la castration par voie abdominale est privilégiée car la cicatrisation nous semble meilleure et avec moins de complications.

Sur certains forums, on dit que le Baytril® immunise contre les autres antibiotiques, est-ce vrai ? Si oui, que conseillez-vous : le Baytril® ou autre ?

Aucun antibiotique « n’immunise » contre aucun autre. En cas d’échec d’un antibiotique vis-à-vis d’une infection bactérienne, il est tout à fait envisageable de changer pour un autre antibiotique. Par contre, il n’est pas forcément possible d’associer certains anti-infectieux en même temps. Par exemple, l’enrofloxacine du Baytril® ne peut être utilisé avec la doxycycline car ils s’inhibent l’un et l’autre. L’enrofloxacine garde la même efficacité et est même parfois plus performante lorsqu’elle est associée avec d’autres antibiotiques. Quoi qu’il en soit, le choix d’un antibiotique ne se fait pas uniquement sur son efficacité théorique mais également sur la nature de l’organe atteint, l’importance de l’infection, l’identité de la bactérie, etc.

Est-ce qu’un traitement contre le diabète (comme pour le chat) pour les octodons peut être envisagé ?

Les doses d’insuline sous-cutanée pour traiter un petit rongeur diabétique sont trop petites et difficile à respecter précisément donc dangereuses pour l’animal. De plus, les injections ne sont pas aussi faciles à faire à domicile que chez un chien ou un chat. Le traitement du diabète fait intervenir plutôt une modification du régime alimentaire (moins sucré, moins gras) voire l’utilisation de médicaments hypoglycémiants…

Que faire lors d’une fracture chez les rongeurs ?

Avant toute chose, s’assurer qu’il ne puisse pas y en avoir. Les causes les plus fréquentes de fracture sont la chute (des mains du propriétaire ou de l‘étage d‘une cage), le coincement dans une porte ou entre deux barreaux de cage, un écrasement (pied du propriétaire, objet qui tombe) voire une morsure par un congénère. La majorité des fractures peut donc être évitée par certaines précautions : manipulation délicate, étage avec rebords, barreaux pas trop serrés, surveillance en dehors de la cage, etc.

Paradoxalement, l’inflammation qui se crée autour de la fracture stabilise un minimum la zone et le rongeur a très vite comme réflexe de se mettre et se mouvoir dans les positions les moins douloureuses. Il est souvent dangereux de vouloir faire une atèle de fortune à la maison. La seule chose qui peut aider l’animal est de désinfecter la zone avec un produit doux, type chlorhexidine, lorsque la plaie est ouverte.

A cause de la douleur, certains rongeurs s’automutilent la patte lors de fracture. Dans ce cas, il faut tenter de rediriger son attention (gourmandise par exemple) le temps d’arriver chez un vétérinaire. De manière générale, il est important d’avoir à disposition le numéro d’une clinique ou d’un service de garde compétant en la matière. Apportez l’animal au chaud : bouillotte, bouteille d’eau ou ballon rempli d’eau chaude, enveloppé d’un linge pour que l’animal ne soit pas en contact direct avec la chaleur.

A la clinique, une gestion analgésique est très rapidement mise en place. En fonction du type de fracture, le vétérinaire prendra la décision d’une réparation par atèle ou par broche par exemple. L’option d’amputation est envisagée en cas de fracture trop importante et est la plupart du temps bien tolérée chez les rongeurs.

Concernant la souris et une réhydratation sous cutanée, j’ai entendu qu’en dehors de la méthode consistant à pincer et tirer la peau entres les omoplates pour y injecter le produit, il y’en aurait une autre méthode tout autant voire d’avantage efficace qui consisterait à directement piquer au nombril de l’animal pour y injecter la solution d’hydratation… Si cela est exact, qu’apporte cette méthode en plus ? Est-elle plus risquée et, dans ce cas, seul un vétérinaire est apte à la pratiquer je suppose ? Les bénéfices de l’hydratation sont-ils plus rapides ?

Quelle soit dorsale ou « ombilicale », une hydratation sous-cutanée garde la même efficacité. L’accès à la zone ombilicale est cependant plus difficile et risqué chez un rongeur non anesthésié. Au niveau de l’ombilic, une injection intra-péritonéale de liquide physiologique est décrite. Il s’agit de traverser la paroi ventrale et d’injecter le fluide directement dans la cavité abdominale au contact des organes internes. Cette méthode n’est employée que chez les rongeurs extrêmement affaiblies au point d’être immobiles. Ces derniers nécessitent souvent d’être réchauffés et la technique permet de leur injecter une solution tiédie assurant à la fois hydratation et réchauffement rapide. L’efficacité est donc plus importante mais cette hydratation ne doit être réalisée que dans des cas précis et, compte tenu de la complexité du geste, par une personne qualifiée.

Dans une portée de souris, je me retrouve avec quasiment tous les petits qui, à 8/9 jours de vie, ont leur queue qui forme un petit zigzag au bout (1/5 de la queue) et apparaissent donc comme plus ou moins tordues (selon le bébé concerné), alors qu’à la naissance et après, la queue était jusqu’ici bien droite.

Doit-on s’en inquiéter et surtout à quoi doit-on imputer ce phénomène ? Est-ce bien une croissance trop rapide qui en est la cause et donc la colonne n’arrive pas à suivre ? Est-ce un problème d’ordre génétique témoignant d’un problème sous-jacent avec l’un des deux parents, pouvant devenir héréditaire/transmissible à leur descendance ? Doit-on mettre en cause la nourriture de la mère ? Si la queue revient à son « état » normal en grandissant, cela peut-il toujours jouer là encore sur la descendance future ?

L’origine du problème est difficile à préciser. Il est peu probable que l’alimentation soit en cause. Une atteinte génétique est par contre à privilégier et la prudence préconiserait d‘éviter de les faire reproduire si le caractère n’est pas souhaité. Cependant, il ne s’agit pas d’une anomalie au pronostic vital engagé à moins que l’ensemble de la colonne ne soit concernée, ce qui pourrait avoir des répercutions sur la moelle épinière. Mais si le problème reste localisé à l’extrémité caudale, vos souris ne devraient pas en pâtir. Dans le cas où l’atteinte disparait et que vous souhaitez envisager de futures portées, n’hésitez pas à tenter une seule reproduction en premier lieu afin d’observer les conséquences sur la génération suivante. Si l’anomalie ne s’intensifie pas, une reproduction élargie peut être envisagée plus sereinement.

*COMPORTEMENT*

Pourriez-vous nous parler de l’agressivité hormonale chez les rongeurs ? Est-ce vraiment aussi répandu qu’on peut le croire. A partir de quand peut-on déclarer que c’est réellement là que se trouve le problème et qu’il ne s’agit pas d’un comportement territorial naturel ?

Même si d’autres facteurs interviennent, les hormones entrent en jeu dans de nombreuses interactions différentes. Preuve en est que la stérilisation peut atténuer certaines attitudes hiérarchiques autant que territoriales.

Il est admis que l’agressivité entre congénères est sous influence des hormones sexuelles alors que celle qui s’exprime entre un rongeur et son maître l’est beaucoup moins. Ainsi, un rongeur stérilisé peut rester agressif vis-à-vis du propriétaire. Dans ce contexte, tout est question d’éducation et d’apprivoisement.

Tout comportement « d’agression » entre congénères est naturel et ne justifie pas d’intervenir à moins que des plaies de dispute apparaissent ou qu’un individu soit complètement inhibé au point de ne plus s’alimenter. Dans ce cas, différentes méthodes d’introduction progressive en milieu neutre existent. La stérilisation peut également atténuer les tensions. Cependant, quelques règles de dominance fondamentale sont à connaître : chez les chinchillas, on évite de mettre 2 femelles dans la même cage alors que, chez octodons, souris et écureuils, 2 mâles ensemble font rarement bon ménage.

Quel est votre point de vue sur la transmission du caractère au niveau génétique ? Par exemple, un mâle peureux augmente-t-il les risques d’avoir des jeunes qui ont le même problème ?

La transmission génétique de certains caractères n’est plus à démontrer. En effet, le caractère « peureux » d’un animal peut être secondaire à une surexpression de cortisone naturelle (hormone du stress). Cette anomalie, si elle est d’origine génétique, peut tout à fait être transmise par un mâle à sa descendance. En pratique, la sélection de telles fragilités peut être étudiée au même titre que la sélection d’un certain type de pelage. Par contre, même si la génétique joue un rôle certain, il est clair que l’apprentissage, l’environnement et les interactions complètent la construction de ces caractères. Même s’il est plus fragile, un rat à production de cortisone élevée ne va pas forcément exprimer cette « crainte » d’origine génétique s’il vit dans un contexte paisible et stable.

J’ai pu lire que certains vétérinaires/chercheurs disent que la domination n’est qu’une action à un moment donné, mais « n’existe pas » en permanence, qu’en pensez-vous ?

Ces informations sont tout à fait vraies. La majorité des comportements ne sont pas uniquement l’apanage de la génétique. La domination, par exemple, est conditionnée également par l’environnement : nombre d’individus, statut hormonal de chacun, stress, disponibilité de la nourriture, etc. Il est donc logique de penser que la domination n’est pas permanente. Nous-mêmes ne nous sentons pas à l’aise de la même manière au sein de notre foyer et au moment d’un entretien professionnel par exemple.

*ALIMENTATION*

Quels changements sont à apporter à l’alimentation (lipides, protéines, fibres, etc.) d’un rongeur qui vieillit ?

L’essentiel est de proposer une alimentation pauvre en phosphore, autrement dit en protéines, afin de protéger le fonctionnement des reins (Hill’sTM K/DTM en boîte par exemple). Pour ne pas modifier les habitudes d’un rongeur, il est possible de garder son alimentation tout en ajoutant un complément chargé de « capter » le phosphore alimentaire et de l’éliminer dans les selles. Cela s’appelle un « chélateur » de phosphore disponible chez le vétérinaire sans prescription préalable (Ipakitine® ou Rénalzin® par exemple). Une complémentation à base de vitamines (A, E, B3, PP, etc.), d’oligo-éléments (sélénium notamment) et de minéraux (dont calcium) pour animaux âgés est également utile (Vit’i5®TM Little Ca ou Sénéphytol® par exemple).

L’alimentation de l’octodon est compliquée, puisque certaines sources préconisent les pellets pour chinchilla, d’autres uniquement les plantes. Aucun mélange à ce jour en France ne semble adapté… De plus, l’absence de glucose et de lipide est assez dure à respecter. Auriez-vous des conseils ?

Aucune espèce ne peut se nourrir uniquement de mélange, tout simplement parce que les pellets n’ont jamais été une alimentation complète mais un apport complémentaire. Par exemple, les cochons d’inde ont besoin, en plus, de vitamine C, de foin et de légumes. L’alimentation des octodons doit être constituée à la fois d’extrudés, de foin et de plantes fraîches en quantité modérée. Même si le mélange d’extrudés pour cochon d’inde avec d’autres de chinchilla peut convenir, des extrudés pour octodon de bonne qualité existent désormais (marques Béaphar® et Supreme Science® par exemple). L’absence de glucides et de lipides doit surtout être assurée par l’absence de gourmandises.

Que pensez-vous du mélange de graines biologiques : avoine, blé, orge et seigle avec des granulés Hami Form une fois par semaine ?

Le son d’avoine, de blé (la membrane qui entoure la graine) ne serait pas préférable que les graines dans les mélanges ?

Les mélanges sont, par définition, à éviter. Le rongeur va avoir la possibilité de trier et de favoriser les ingrédients qui lui plaisent le plus (= les plus appétant = les plus gras = les graines ou leur membrane) et délaisser les granulés. Les extrudés cités précédemment évite ce problème de triage alimentaire.

Mon cochon d’Inde pèse 1.3kg et sa seule activité physique consiste à manger, je le sors plusieurs fois par jour, il dispose d’une cage spacieuse et n’est nourrit qu’à la verdure. N’est-il pas trop gros? Comment arranger cela ?

En effet, l’embonpoint le guette. Il est utile de raisonner les quantités alimentaires : le foin à volonté, les extrudés à 1 cuiller à soupe une fois par jour et les légumes à 40g matin et soir. N’hésitez pas à suivre son poids et à surveiller que la diminution de celui-ci soit progressive. Il est également important de privilégier son activité par différents jouets pour cochon d’inde, disponibles sur internet, ou quelques bons réflexes : lui donner son alimentation en hauteur (boule à foin, légumes entre les barreaux, gamelle à l’étage ou sur le toit de sa maison, etc.), répartir certains ingrédients en dessinant un parcours (avec les extrudés par exemple), le lâcher dans une pièce, etc.

La cellulose est déconseillée en trop grande quantité pour les chevaux, car cela risque de faire dysfonctionner leur système digestif, qu’en est-il des rongeurs ?

Tout à fait, au sein des extrudés, la cellulose ne doit pas dépasser les 15-20% pour la majorité des rongeurs au risque de provoquer des troubles digestifs chroniques.

La salade est-elle réellement dangereuse pour les rongeurs ?

La salade n’est pas dangereuse. La laitue est souvent déconseillée car elle n’use pas bien les dents et n’est que très peu nutritive. Les légumes en général ne sont pas toxiques, c’est le moment où ils sont donnés et la dose proposée qui peuvent être préjudiciables. Par prudence, cochons d’inde et octodons ne devraient commencer à recevoir des légumes qu’à partir de l’âge de 3 mois. La quantité est ensuite très progressivement augmentée en ne proposant un nouveau légume que tous les 3 jours. Contrairement aux cochons d’inde (voire dose ci-dessus), les autres rongeurs ne doivent en recevoir qu’en petite quantité (peu chez l’octodon, un peu plus chez le rat et la souris, 40% de la ration chez le hamster et la gerbille). Le chinchilla ne doit pas du tout en recevoir.

Le gros souci de la plupart de ces bouchons, c’est qu’ils contiennent au moins du soja, s’ils ne contiennent pas de l’alfalfa. Ces deux plantes étant bourrées de phyto-œstrogènes, ça pourrait poser problème à la longue concernant l’apparition de tumeurs mammaires, notamment chez les rats mâles. En avez-vous entendu parler ? Qu’en pensez-vous ?

A ma connaissance, il n’existe pas d’étude sérieuse qui confirme ou contredise cette hypothèse, même si le lien phyto-œstrogène/tumeur mammaire est fort probable. La piste mériterait d’être explorée mais la première prévention reconnue des tumeurs mammaires est surtout la stérilisation.

Habitat

Est-ce que la lumière ambiante d’une pièce suffit aux rongeurs pour bien développer la vitamine D ? Les vitres n’enlèvent pas une partie des UV ?

La majorité des vitres laissent passer les UVa mais pas les UVb, que ne fournissent pas non plus les éclairages d’intérieurs. Or, pour mobiliser correctement la vitamine D, ce sont les UVb qui sont importants. Ainsi, une luminothérapie UVb quotidienne est particulièrement recommandée chez les animaux qui ne sortent pas beaucoup. Il s’agit de lampes spécifiques qu’un vétérinaire sensibilisé peut vous prescrire. Quand cela est possible, les sorties en extérieur sont recommandées lorsqu’il n’y a pas de risque de blessure (chat par exemple) ou de fragilisation respiratoire (vent, température trop basse, etc.).

Ethique

Sur internet, on voit beaucoup de personnes qui cherchent des rongeurs pour des enfants et beaucoup disent que les rongeurs ne sont pas adaptés. Pourtant avec des règles simples d’hygiène et de respect, cela peut très bien fonctionner (selon mon avis). Qu’en pensez-vous?

Je suis d’accord avec votre avis. Le souci est que certains parents ne connaissent pas forcément l’espèce qu’ils prennent au moment de l’achat. Ils ne peuvent donc pas correctement sensibiliser l’enfant aux règles de base d’autant qu’un risque zoonotique existe pour l’enfant (cf. question suivante). Ce dernier, lors d’un achat « coup de cœur », peut très vite se désintéresser de l’animal une fois les émotions du début évaporées. La clé est l’information : toute personne de 7 à 77 ans peut être un propriétaire responsable à condition qu’elle soit correctement informée.

*DIVERS*

Quand est-il des formations vétérinaire spécialisé NAC ?

A l’heure actuelle, en France, le terme de « spécialiste » NAC n’est pas reconnu par l’ordre des vétérinaires. Tout vétérinaire qui veut orienter sa pratique vers la médecine et la chirurgie des NAC doit être prêt à multiplier les sources d’informations. En effet, il est possible d’approfondir ses connaissances par l’intermédiaire de congrès, de conférences, de revues et d’ouvrages, francophones autant qu’internationaux. La formation universitaire initiale n’apporte, elle, qu’une base restreinte de données scientifiques. En cours de cursus et par la suite, la réalisation de stages au sein de structures adaptées est souvent nécessaire (parcs zoologiques, cliniques orientées NAC, écoles étrangères, etc.). L’apport d’informations via l’expérience de certains éleveurs et propriétaires n’est également jamais négligé.

Que conseillez-vous / déconseillez-vous de faire pour les personnes immunodépressives, âgées, très jeunes ou enceintes ?

Il s’agit là de savoir quelles zoonoses peuvent transmettre les animaux de compagnie. Une zoonose est une maladie transmissible d’un animal à l’homme. Beaucoup de pathologies sont en cause, infections cutanées (gale, teigne, etc.) et respiratoires principalement. Alors qu’un adulte en bonne santé n’a que très peu de probabilité de contracter une des ces maladies, les personnes à immunité fragile y sont effectivement plus sensibles. Les règles d’hygiène de base sont alors à respecter avec plus de rigueur : hygiène des mains après manipulation, hygiène de la cage, aération des pièces, etc. La seule exception concerne les personnes à un stade avancé d’immunodépression. Il peut s’avérer prudent de limiter le contact avec un petit rongeur, même sain, celui-ci pouvant être porteur de bactéries et de virus sans déclencher la moindre pathologie. Cette recommandation concerne beaucoup moins les personnes à immunodépression contrôlée.

Dr Olivier Pouyol

Propos recueillis par Katheleen Lemaire en 2012 et 2013 pour les membres A.F.A.R.

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