[Véto] Questions-réponses sur les octodons

Le Dr Olivier POUYOL, vétérinaire « spécialiste NAC », répond à vos questions…

SPECIAL OCTODONS

SANTE

Chez les octodons, certains vétérinaires conseillent un apport régulier voire journalier en vitamine C, d’autres au contraire disent que cela est inutile voire mauvais pour leur foie car ça les « encombre » pour rien. Quel est votre point de vue ?

Picture1Effectivement, l’hypothèse selon laquelle l’octodon serait nécessitant en vitamine C complémentée existe. Ce besoin serait moins important que celui des cochons d’inde mais tout de même bénéfique. La surcharge hépatique peut être évitée par l’utilisation d’une dose quotidienne basse telle que 10 à 20 mg/kg contre 20 à 100 mg/kg chez le cochon d’inde. Enfin, ne pas oublier que l’apport de vitamine C dans l’eau de boisson est inutile car la vitamine s’y dégrade trop rapidement. En conséquence, il faut la donner directement à la seringue dans la bouche, ce qui n’est pas chose facile chez certains octodons. Concernant l’alimentation, un apport de foin et d’un mélange d’extrudés pour chinchilla et de cochon d’inde est recommandé.

Il existe des octodons agoutis qui deviennent blancs ; ce sont des cas très rares et inexpliqués. J’ai fait des recherches personnelles là-dessus et je pense à une dégénérescence cellulaire, est-ce possible ? Les octodons sont devenus entièrement blancs et peu de temps après sont décédés, seulement rien n’a pu rapprocher ce phénomène à la mort. Quel est votre point de vue ?

La décoloration du poil Agouti est supposée être liée à une mutation génétique rare. Cependant, en cas d’affaiblissement intense, l’énergie d’origine alimentaire est distribuée en priorité aux fonctions vitales (cœur, respiration, etc.) au détriment d’autres structures telles que la peau. Une dégénérescence cellulaire conduisant à un blanchissement du poil est alors possible.

J’ai des octodons (hélas) consanguins, qui ont développé la cataracte. Ont-ils un grand risque de développer un diabète ? Et de mourir plus jeunes que la moyenne ?

Il faut faire la distinction entre trois types de cataracte :

– celle d’origine congénitale : elle est fréquente, souvent bilatérale et n’a aucun lien avec le diabète. Cette forme de cataracte apparait souvent chez les jeunes adultes, voire juste après la mise bas de certaines femelles. Aucune réduction de l’espérance de vie n’a été significativement observée.

– celle secondaire à un diabète : elle est fréquente et apparait généralement en 4 semaines sans être forcément bilatérale. La cause est le plus souvent une alimentation trop sucrée ou trop grasse même si d’autres origines ont été évoquées (infection virale, génétique, etc.). Un octodon diabétique boit et urine plus. Une analyse d’urine et une mesure du glucose sanguin permettent d’établir le diagnostic.

– celle liée l’âge : elle est rencontrée chez beaucoup d’espèces (dont le chien) et s’explique par le vieillissement naturel des cristallins.

A partir de là, deux précautions peuvent être prises par le propriétaire : retirer de la reproduction les octodons à cataracte et prévenir l’apparition d’un diabète alimentaire :

– En évitant les granulés (dont la cohésion est permise par de la mélasse ou de l’huile) et en favorisant les extrudés (fabriqués sous haute pression).

– En donnant les extrudés en quantité raisonnée (2 cuillers à café par jour).

– En évitant les friandises sucrées ou grasses : raisin, céréales de petit déjeuner, bâton de miel ou de graines, graines de tournesol, noix, cacahuètes, pignons de pin. Privilégier des friandises équilibrées telles que carotte, verdure, pomme par exemple.

J’ai fait des recherches sur les plantes médicinales et j’en donne régulièrement à mes octodons. J’ai pu contacter des herboristes et utiliser des sources sures. Qu’en pensez-vous ? Je les utilise en complément de traitements (un de mes mâles a eu une poche de pus dans le fourreau et une de mes femelles a eu une bronchite il y a peu) et je trouve que cela fonctionne bien. Je donne aussi des plantes pour prévenir le diabète. Je sais que de toute manière, ils vont très certainement l’avoir, mais cela peut-il avoir un impact ?

La phytothérapie est une science qui n’a plus à faire ses preuves. Beaucoup de médicaments humains trouvent d’ailleurs leur origine chez Dame Nature. L’utilisation de plantes en thérapeutique ou en accompagnement d’un traitement « conventionnel » est de plus en plus répandue. Depuis peu, il existe même une gamme alimentaire de fibres végétales à destination des rongeurs à fragilités intestinale, respiratoire ou dermatologique (gamme Cunipic, www.vetline.es). Concernant le diabète, il est de coutume de favoriser une ration riche en fibre alimentaire, où la phytothérapie peut prendre tout son sens… d’autant plus chez des espèces herbivores !

Les octodons vendus en Europe ont été pour la plupart (je crois même tous) issus de portées de laboratoires et étaient une vingtaine à la base. Quels sont les impacts sur nos octodons en France ? La recherche se basait entre autre sur le diabète, mais aussi sur la recherche des maladies neurodégénératives.

La vingtaine d’octodons en question a été prélevée du Chili en 1964 pour être étudiée aux Etats-Unis et, par la suite, devenir des animaux de compagnie à travers le monde. La consanguinité est souvent évoquée au sein d’espèces issues d’un faible nombre d’individus au départ. Cependant, une vingtaine d’individus peut suffire à créer un brassage génétique satisfaisant, surtout au sein d’une espèce à fécondité prolifique comme l’octodon. De plus, si les scientifiques ont prélevé dans la nature des octodons sauvages pour étudier le diabète, il y a fort à parier que cette fragilité existait déjà auparavant.

Lorsqu’un octodon a une malocclusion dentaire parce qu’il mange trop peu de foin, qu’il a perdu du poids, il faut le « remplumer » mais aussi le forcer à manger du foin. Que faut-il faire ? Le forcer à manger le foin même s’il le boude en risquant d’accentuer la perte de poids ou le gaver en sachant qu’il risque de refaire une malocclusion ?

Dans un premier temps, le maintien et la prise de poids sont prioritaires. Un apport nutritif assisté (Critical Care par exemple) est conseillé jusqu’à ce que l’octodon montre une prise alimentaire spontanée. Un sevrage progressif de l’assistance est alors encouragé en parallèle de proposer une alimentation fibreuse (foin, gamme Cunipic, friandise constituée de fibres, etc.). Malgré les efforts des propriétaires, certains octodons, aux habitudes tenaces, ne mangeront malheureusement jamais de fibres. Dans ces cas exceptionnels, l’essentiel est de préserver poids et prise alimentaire quelle que soit la solution trouvée (Critical Care dans une assiette, bouillie d’extrudés, etc.), bien qu’il n’y a pas d’autres choix que de faire limer les dents mensuellement. Nous avons dans la clientèle certains octodons pour lesquels c’est le cas. Ils viennent pour un limage dentaire sous anesthésie rapide au gaz une fois tous les 1 à 2 mois. Ce protocole est souvent bien toléré malgré ce que l’on pourrait en penser.

Mes octodons avaient une volière mais ils s’acharnaient sur les barreaux. Quelles en sont les conséquences possibles ?

Picture2Ce comportement peut conduire à des traumatismes dentaires parfois très complexes à corriger. Ci-contre, une radiographie d’un lapin qui s’est cassé les incisives du haut en grignotant sa cage et en se coinçant les dents entre ses barreaux en est un très bon exemple. Sont concernés les octodons qui s’ennuient ou dont l’alimentation est insuffisamment fibreuse et variée. De manière générale, un couple d’octodons de même sexe doit vivre au minimum dans une cage de 1m de long, de 0.5m de large et de 0.75m de hauteur, avec des cachettes, des galeries (tuyaux), des terriers (couche épaisse de litière) et des éléments à ronger (boule en osier, branche stérilisée avec écorce, etc.). En dernier recours, pour les octodons qui persistent à garder cette mauvaise habitude, il est possible de recouvrir l’intérieur de la cage de panneaux en plexiglas transparent pour les empêcher d’accéder aux barreaux.

Mes octodons ont tous une sorte de « boule » sous la peau de la mâchoire. J’ai consulté plusieurs vétérinaires mais aucun ne savait de quoi il était question. Je ne peux pas faire opérer tous mes octodons et leur poids est stable (ils mangent beaucoup de foin) donc je pense à un kyste graisseux. Quel serait votre avis ?

Il faut faire attention à ne pas confondre reliefs osseux mandibulaires et « boule » anormale. Les seuls moyens de préciser leur nature sans intervention sont la ponction et l’imagerie. En effet, la récolte de pus ou de liquide translucide oriente vers un abcès ou un kyste, alors qu’échographie et radiographie permettent d’affiner la nature des masses tissulaires (tumeur, réaction osseuse, etc.). Tant que les masses n’évoluent pas, l’intervention n’est pas une priorité mais une surveillance est de mise (taille de la « boule », poids de l’octodon).

COMPORTEMENT

J’ai lu dans des écrits vétérinaires que les octodons n’avaient pas besoin de roue, mais considérant l’activité physique des miens, j’en doute largement… Qu’en pensez-vous ?

N’étant pas souvent en liberté continue, il est important de permettre une activité à ses octodons. Etant grimpeurs et « creuseurs », branches désinfectées, tuyaux et litière épaisse sont très appréciées. Roue, échelle et bain de sable peuvent compléter l’environnement d’individus non fragilisés (arthrose, neuropathie, conjonctivite, rhinite, etc.). Enfin, il faut faire attention à ne pas proposer à vos octodons des structures dans lesquelles ils pourraient se coincer une patte ou la queue. En ce sens, des roues spécialement conçues pour octodon existent.

Il existe un « mythe » chez l’octodon : ils peuvent savoir défaire un nœud simple. Personnellement, j’ai des octodons qui ouvrent leur cage en permanence, qui me dévissent consciemment les attaches,… Que pensez-vous de l’intelligence des dègues ?

Les dègues sont des mammifères grégaires et très communicatifs. Ils ont donc les mêmes possibilités cognitives que beaucoup d’autres espèces de compagnie. Leur intelligence, notamment sociale, est très développée. Comme chez tout animal, elle est adaptée à leurs besoins et modulée par la perception sensorielle de leur environnement.

Les octodons ont un répertoire vocal très varié (15 cris selon certaines recherches). J’ai remarqué que les miens faisaient un cri d’alerte quand ils faisaient des bêtises et que je bougeais pour aller les voir (et seulement moi, ils ne font rien avec les autres membres de ma famille). Est-ce possible qu’ils me surveillent et comprennent ce que je leur interdis (dans mon cas c’est de manger le bac en fer) ?

Il s’agit d’une très bonne illustration de la question précédente. Ils ont compris que vous étiez la seule personne à les gronder et le reste de la famille leur paraît inoffensif. Heureusement, je suis certain qu’ils ont aussi fait la différence entre vos interactions négatives et positives à leur égard.

J’ai « éduqué » mes octodons: ils ne doivent pas toucher aux oreilles, lunettes et autres choses, colliers, … N’ont pas le droit de rentrer dans les habits, de se battre sur moi. Ils « respectent » tout ceci, comment peuvent-ils comprendre autant de choses ? Ou bien c’est moi qui idéalise ? Quand je les ai habitués, je les poussais avec ma main doucement, je ne les ai jamais frappés ou autre.

Que d’exemples ! Ceci s’appelle tout simplement le cerveau mammalien ou néocortex. Quelle magnifique évolution ! On s’étonne toujours de l’intelligence que ces petits animaux peuvent développer. On oublie vite que la parole, propre à l’homme, n’est qu’une forme d’intelligence parmi tant d’autres…

ALIMENTATION

La pierre de sel est-elle finalement conseillée ou non pour les rongeurs ? Pour quelle(s) raison(s) ?

Elle n’est pas indispensable. A la base, elle favorise l’usure des incisives mais d’autres supports tels que des branches de noisetier peuvent aussi bien convenir. De plus, certains rongeurs s’y désintéressent complètement. Enfin, ne pas oublier que l’usure des molaires et prémolaires se fait surtout via une alimentation fibreuse.

REPRODUCTION

Quels sont les « vrais » risques de la gestation chez les dègues ? J’ai pu lire que les femelles perdaient 3 à 6 ans d’espérance de vie par gestation et cette information me tiraille beaucoup. Elle est tirée d’un écrit vétérinaire, mais je ne le retrouve plus.

Picture3Selon cette source, il suffirait de 2 mises bas pour qu’une femelle parvienne au terme de sa vie, en ayant une espérance de vie approximative de 1 à 2 ans. Il n’y a pas, à ma connaissance, d’écrit scientifique sérieux confirmant cette hypothèse. Il est vrai qu’une gestation demande beaucoup d’énergie à la maman et la fragilise en conséquence. Ainsi, certaines règles sont à respecter :

– La première reproduction doit être envisagée lorsque la femelle avoisine 4 à 9 mois (ni avant, ni après) et pèse 250g.

– La plupart des mortalités périnatales étant secondaires à une infection bactérienne (Escherichia Coli), il faut favoriser de bonnes conditions d’environnement : cage au calme, températures stables, absence de courants d’air, hygiène stricte notamment.

– Précocement dans la gestation, la membrane vaginale s’ouvre et un écoulement ou un anneau rouge est libéré. Il s’agit d’un phénomène naturel permettant de confirmer la gestation. La palpation abdominale, elle, est à éviter.

– Lorsque la maman met au monde sa portée, il est primordial de ne pas la déranger en regardant toutes les 5 minutes aux barreaux de la cage. Préférez jeter discrètement un œil pour juger de son activité et n’observer la portée qu’en son absence, sans toucher les nouveaux-nés. Le nid, lorsqu’il existe, a été constituée par la mère à base de ce que le propriétaire a bien voulu apporter dans la cage (sopalin et mouchoir en papier déchiré en bande, rouleau en carton de papier toilette, petite coque de noix de coco en prenant soin d’éviter coton, laine et tissu).

– Les petits naissent chétifs et avec une fourrure incomplète. La maman peut ne pas s’en occuper dans les 12h après mise bas sans que cela pose problème. Cependant, il est fréquent, dans la nature comme en captivité, qu’un ou plusieurs petits décèdent quelques heures à quelques jours après la naissance. Dans ce cas, le cannibalisme par la mère n’a rien d’anormal. Heureusement, l’espèce compense ces pertes par une taille de portée souvent large.

– Afin qu’elle se repose après mise bas, il faut la séparer du mâle car elle a 40% de probabilité de redevenir fertile dans les 12-48h. Généralement, il vaut mieux éviter une nouvelle reproduction dans les 6 mois impliquant une séparation longue avec le mâle ou une castration de ce dernier.

– Il est également préférable de séparer la femelle allaitante des autres femelles.

GÉNÉTIQUE

Que pensez-vous des mutations à gènes récessifs chez l’octodon ? Certains écrits disent que cela pourrait le « tuer ».

Quel que soit l’animal concerné, tout dépend de l’impact de ces mutations. Bien heureusement, beaucoup de mutations à gènes récessifs n’ont aucun effet. Cependant, d’autres aboutissent à la fabrication anormale ou à l’absence de fabrication d’une protéine vitale. Dans ce cas, il s’agit d’une mutation « létale ». En génétique, les mutations à gènes dominants sont encore plus fatales lorsqu’elle concerne une protéine vitale, car elles ont beaucoup plus de probabilités de s’exprimer : 100% contre 0 à 50% avec une mutation à gènes récessifs.

ÉTHIQUE

Pensez-vous qu’interdire les octodons à la vente c’est une bonne solution pour les problèmes d’abandons très nombreux ? Quels impacts ont-ils dans la nature française en cas de relâchement ? Le passage du certificat de capacité pourrait-il être une « bonne » solution ?

L’interdiction des octodons à la vente est une solution un peu radicale. Afin de limiter les abandons, d’autres possibilités existent dont la délivrance aux propriétaires d’une information de qualité avant et après acquisition via les animaleries, les particuliers et les vétérinaires. Même si fastidieuse et « chronophage », la sensibilisation du public est la plus efficace des armes. La publicité faite autour d’associations de recueil d’animaux permet également de réduire le nombre d’abandons. Relâché dans la nature, un octodon peut se débrouiller mais prédateurs et environnements urbains sont autant de freins à leur espérance de vie. Tout comme certains rongeurs sauvages, il est même possible qu’ils soient sources de nuisances en fonction du contexte (dégradations de récoltes, insalubrité des villes, etc.). Le certificat de capacité induit en général un arrêt des ventes en animalerie et, comme chez le chien de prairie, permet de diminuer rapidement le nombre d’abandons… et donc de nuisances.

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